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Quand la moto bloquait La Canebière

ON N'A TOUJOURS PAS RETROUVÉ la sardine qui a bloqué le port de Marseille, mais dans les années 50, les Marseillais ont connu un évènement qui paralysait réellement la Canebière. De 1951 à 1959, un simple commerçant qui n'était même pas encore établi sur la célèbre artère, a organisé en collaboration avec un moto-club une journée entière, celle du 1er Mai, consacrée à la motocyclette, le tout avec la bénédiction de la ville elle-même. Le commerçant, c'était la Bijouterie Jean Piéry, sise à l'angle de la rue des Beaux-Arts et de la Canebière, le club était le Moto-Club Phocéen présidé par Jean Tavan, par ailleurs motociste toutes marques. Forte personnalité pour qui l'amour de la moto passait avant l'appât du gain

Une caravane publicitaire sillonnait d'abord les rues, formée de tous les véhicules des annonceurs qui parrainaient la manifestation. Une camionnette déjà antique ouvrait la marche, transportant une structure où étaient indiqués tous les détails de cette journée destinés à allécher le public.

En 1952, la caravane monte en gamme et c'est une somptueuse Panhard-Levassor Dynamic, Coupé 4 glaces qui précède une armada de triporteurs Paul Vallée.

J'ai lu quelque part sur le vouèbe que cette exemplaire représentante de l'art déco automobile (photo wikimedia) avait été classée "monument historique". À quand une telle distinction s'appliquant à une Majestic ?

Plus connu pour sa moto à suspension arrière "cantilever" (1951), Paul Vallée avait à son catalogue une gamme de 8 triporteurs "utilitaires" dont un "Moto Pousse" (ci-dessus). Celui-ci visait clairement à concurrencer le triporteur Peugeot, l'autre véhicule du même genre destiné au marché indochinois dominé alors par le "pousse-pousse" musculaire.

Dans un style "ponton" de voiture américaine, le modèle "Glacier" était livré prêt à l'emploi comme celui qui est en tête du défilé présenté plus haut. Il est agrémenté de deux gros phare avant ainsi que d'un carénage dissimulant le moteur et la roue arrière. À Marseille, c'est le glacier Marmau qui proposait ses tranches napolitaines (25 f pièce) sur les lieux des épreuves sportives et festives en général. Le concessionnaire Paul Vallée était alors Francis Gouirand qui deviendra BMW dans les années grises de la moto puis retrouvera des couleurs avec la concession Yamaha, Cours Lieutaud, toujours active aujourd'hui grâce à ses descendants. 

Les vins Margnat, fournis par l'Afrique du Nord, étaient plus réputés pour leur prix abordable que pour leur qualité, mais ils étaient sur toutes les tables de la métropole. Au second plan, à droite, on distingue une Deuche camionnette des cafés Negresco, autre soutien de la Journée Piéry.

Le départ du Rallye motos (ici en 1955) se faisait sur la Place des Réformés (puis place d'Aix) donc en pleine ville, et souvent en présence de Jean Tavan lui-même, un président du M.C.P. actif sur tous les fronts ! 

La participation était ouverte à tous les types de machines, en majorité des françaises lorsqu'il s'agissait de petites cylindrées. Témoins, cette rare Jonghi 125 ACT ou la 125 Peugeot de la photo précédente.

(Dernière heure : jackymoto qui a l'œil à tout signale à l'arrière-plan de cette photo une "rare" Rosengart "Ariette". On lui fait plaisir avec cette vue trouvée sur curbsideclassic.com)

Le parc motocycliste marseillais de plus forte cylindrée est toujours constitué, à l'image de celui de tous les Français, de nombreuses machines d'avant-guerre. Ainsi de cette latérales (Monet-Goyon ?) menée par le patron de Moto-Hall, spécialiste du dépannage, rue Jullien. Bonne publicité pour son atelier avec Madame dans ce qui sert de "panier", et qui ne ménage pas son effort.

 Après le parcours en ville (qui a connu le tracé ?), les rallyemen se retrouvent à 14 heures (parfois 16, parfois 17, de toute façon après la sieste...) devant la bijouterie Piéry d'où est donné le départ du gymkhana.

Le tracé des diverses épreuves sur la Canebière n'a guère changé tout au long des neufs éditions de cette journée du 1er mai, tandis que le terrain a perdu peu à peu ses pavés et aussi ses dangereux rails de tramway.

Grand classique de ce genre de sauteries, la planche à bascule est une épreuve qui met à mal les nerfs des concurrents et les suspensions de leur machine, ici celles d'une grosse latérales d'origine italienne (Sertum ?).

 Le tracé au sol indique la marche à suivre pour ce sidecar Monet-Goyon. Après "ya-plus-qu'à" entre pavés et rails du tramway, sous l'œil de la maréchaussée sans doute envieuse car simplement cycliste (casquette).

Dans les premières éditions (1951) on amusait le public avec des numéros comiques où le pilote était plus mis à contribution que la machine, ici une New-Map deux temps.

Malgré un départ des ventes prometteur, la "Starlett" Monet-Goyon décevra vite ses utilisateurs par ses vices de fabrication mal maitrisés (soudures hâtives sur des tôles trop minces). Pas de quoi effrayer ce jeune concurrent qui s'applique à réaliser un "sans faute" sur la planche à bascule.

Figure folklorique des courses en Provence, Sauvin et son attelage Harley-Davidson des surplus américains y avaient gagné le surnom de "Motocycliste Infernal". Il finira par abandonner son bicylinde en V et montera un 500 Magnat-Debon à peine plus moderne.

Autres acrobaties bon enfant sur des Vespa, réalisées par des spécialistes venus de Cannes et dont les passagères sont des demoiselles.

D'année en année, la Journée Piéry a pris de l'importance et accueille des fanfares et des groupes folkloriques de toute la région. Mais la publicité n'y perd pas ses droits avec cette 4 CV à carrosserie spéciale aux couleurs du journal Le Provençal.

 Sans oublier les beaux-arts, avec la danse rythmique et la gymnastique à la poutre qui en sont le volet culturel.

Comme il se doit, la journée se termine par la remise des récompenses avec médailles et bidons d'huile fournis par un sponsor. C'est M. Piéry qui opère, sous l'œil de Jean Tavan en combinaison de mécano mais avec cravate !

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J
Excellent article bien nostalgique.
Et avec Igol, on rigole en plus !
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J
Ambiance fête à neuneu très sympa où on s'amusait avec pas grand chose.
Tu vas encore dire qu'on parle de bagnoles...mais à l'arrière plan de la première photo il y a une rarissime Rosengart Ariette encore plus incapable de monter une côte que celles d'avant guerre..
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B
très intéressant cet article ! merci et bravo !
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M
Super reportage, très intéressant, comme d'habitude !
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H
Un seul mot: Génial !
J'ai beaucoup aimé, merci.
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