A.J.S., Velocette, Gilera, Sertum, Sunbeam, Bultaco, NSU, Guzzi, Puch, Peugeot, Vespa, B.S.A., Triumph, Rudge, Alma, Guimbretière, Aermacchi-Harley-Davidson, Bianchi, Koehler-Escoffier, Alcyonnette, Terrot, Supplexa, Puch, Paloma, Jonghi, Saroléa, René Gillet, Flandria, Rovin, au moins une machine de ces marques a reçu l'auguste fessier de Georges Monneret. Le panorama plus ou moins chronologique présenté ici est loin d'être complet, mais il donne déjà une idée de la vie longue et bien remplie de ce diable d'homme qui a marqué plusieurs générations motardes.
Belle ouverture avec cette image d'un Georges Monneret cigarette aux lèvres qui révèle tout sur sa gouaille, son aisance, sa bonne humeur et son élégance. On aura reconnu la fantastique 1000 Koehler-Escoffier ACT avec laquelle il a tant battu de records et qu'il fut le seul à pouvoir maîtriser. La Koehler a encore son superbe réservoir en laiton festonné. Cette pièce lui manque aujourd'hui car son propriétaire actuel refuse de s'en séparer, au grand chagrin de Bernard Vaireaux qui dirige le Musée Malartre de Rochetaillée où la machine est en paisible résidence. La scène ci-dessus se situe à la Côte Lapize le 11 mars 1951. Georges y a couru et établi un nouveau record abandonnant provisoirement sa place de co-pilote dans le Tour du Monde (40 000 km sur une 125 Puch à cadre rigide !) qu'il tente sur l'autodrome de Montlhéry avec ses deux fils, Jean et Pierre.
En décembre 1932, Georges avec son grand ami et associé Roland (debout) envisagent une tentative de record sur 24 heures sur l'anneau de Montlhéry. Leur machine est une 350 Rudge 4 soupapes, rebaptisée Monet-Goyon pour la circonstance car les deux hommes inaugureront en mars 1933 un commerce de motos où ils seront agents de... Monet-Goyon. La mort tragique en course de Jean Roland survenue le 24 juillet 1933 au Circuit de Carcassonne affectera profondément Georges Monneret.
On retrouve Montlhéry en 1934 lors des Championnats de France où Georges est venu féliciter Paul Boetsch sur Terrot qui vient de remporter le titre en 500. Lui-même est Champion de France en 350 avec la Koehler-Escoffier monocylindre ACT que Raymond Guiguet (à droite) a créée avant de passer à la 1000 bicylindre en V.
Toujours plein d'initiatives, Eugène Mauve et ses légendaires culottes de golf (au milieu), organise en 1934 sur le circuit routier de Montlhéry une épreuve du kilomètre lancé. Georges est un des animateurs de la fête qui ne bouleverse pas les foules comme on peut le voir. Sur la 350 Koehler-Escoffier il signe un 117,608 km/h.
Depuis l'époque Eddoura, la 1000 Koehler-Escoffier n'a guère changé, mais Georges s'en accommode très bien et reste le maître des courses de côte de la région parisienne, toutes catégories confondues. À Château-Thierry où le pourcentage atteint de 7 % sur le kilomètre et où l'épreuve se dispute avec départ ET arrivée arrêtés, son record est à 111 km/h. Par la suite, il va adapter une roue flasquée à l'arrière de sa machine et un embryon de carénage de la tête de fourche (ci-dessous). Le sélecteur est aussi une innovation bienvenue. Bientôt cette "grand-mère" va céder la place au chef d'œuvre de Raymond Guiguet...
La 1000 ici en version "carénée" est connue universellement sous le nom de "4 Tubes". Surprise au repos à Château-Thierry (photo découverte et transmise par Jacky Pichaud, alias Jackymoto).
L'unique témoignage à ce jour de cette machine en action à Château-Thierry est une mauvaise carte-postale non datée (ci-contre).
1934 : À nouveau le kilomètre arrêté de Château-Thierry mais cette fois avec la nouvelle 1000 Koehler-Escoffier (deux tubes seulement, mais deux carburateurs contre un seul sur la "Eddoura"), création de Guiguet. Donnée à l'époque pour 71 chevaux (*), elle permettra à Georges d'améliorer une fois de plus son propre record et celui de l'épreuve toutes catégories confondues avec 113,207 km/h. (*) Dans son livre de Mémoires, Georges parle de 68 chevaux seulement...
Interviewé par Moto Revue à la suite de Château-Thierry, Georges parlait de la tenue de route de sa machine : "Excellente, quoiqu'elle a tendance à un léger dandinement de l'arrière que n'avait pas mon ancienne, un peu l'impression d'un manque de pression dans le pneu". Et vous attribuez à...? Réponse : "Certainement au surplus de puissance. La roue arrière n'adhère jamais complètement, même en quatrième, en course de côte tout au moins. Je l'essaie aujourd'hui pour la première fois". Quelle serait à votre avis sa vitesse en palier ? Réponse : "Il est difficile de préciser un chiffre". Mais encore ? "Vous y tenez : un bon 225... peut-être plus".
Le champion était parfaitement lucide sur les possibilités de sa 1000 car à Château-Thierry il n'a battu que de 3/5 de seconde le vainqueur des 500. Il est vrai que ce rival était Andreino, redoutable ingénieur metteur au point mais dont la machine était une simple Terrot à culbuteurs préparée par lui-même... La photo 6 x 9 ci-dessus a été faite par un amateur-spectateur à l'occasion de la Côte Lapize en 1937.
Pilote impétueux et volontaire, Georges a cassé beaucoup de matériel en course, surtout lorsque la victoire semblait lui échapper. La direction de Koehler-Escoffier/Monet Goyon auxquels il a pourtant rapporté plusieurs titres de Champion de France lui fait savoir son mécontentement. Ainsi on va le revoir sur Saroléa en 500 avant qu'il ne revienne chez les Mâconnais. Mais entretemps il va porter en 250 les couleurs d'un modeste mais talentueux ingénieur d'origine italienne, Giuseppe Remondini créateur de Jonghi dont le pilote Louis Jeannin sur une 250 double ACT a été le seul Champion de France nommé en 1935. Les autres marques en 350 et 500, peu désireuses de combattre dans les trois épreuves du championnat, ont dispersé leurs pilotes dans des courses plus lucratives en termes de retombées publicitaires er commerciales. Pourtant Jeannin va être "remercié" de façon détestable par les dirigeants de Prester qui ont repris la marque Jonghi. Georges Monneret, plus valorisant en termes "médiatiques" et commerciaux prend sa place. Malgré quelques victoires, dont l'une le 6 septembre à Montlhéry, (photo ci-dessus) le titre 250, disputé sur une seule épreuve (!) lui échappe en 1936.
L'endurance n'était pas la discipline préférée de Monneret, mais il tenta quand même le Bol d'or 1938 avec la 250 (Prester)Jonghi, une machine de Grand Prix ! En lutte contre des 500 Norton ACT dès les premières heures - à deux reprises il est en tête du classement général - il faiblit à la 5ème heure avant d'abandonner à la 6ème. Redoutable sur circuit de vitesse "Le coursier arabe de la route" (slogan de Jonghi) que Jeannin avait poussé à plus de 150 km/h dans des assauts contre des records mondiaux n'était pas fait pour les longues distances.
Associé à Barthélémy en 1935, Georges avait déjà battu les records de l'heure, des 100 kilomètres et des 100 miles pour Prester-Jonghi avec une 350 attelée à un sidecar Bernardet. Mais pour lui
la grande affaire va être le Fonds de Course de 1938. Un chèque de 150 000 F (somme réunie par souscription auprès de l'Automobile Club de France) ira à la machine qui couvrira 20 tours du 6 km 283 de Montlhéry à la moyenne établie d'après le record du tour du Grand Prix de France de 1938 et dans une cylindrée au choix du candidat. La marque gagnante doit s'engager à construire une ou plusieurs motos qui seront "susceptibles de faire triompher nos couleurs dans les grandes compétitions internationales".
Le Grand Prix de France 1938 étant supprimé, on se rabat sur celui de 1937. Monneret choisit la moyenne des 250, soit 113,605 km/h et se met en piste avec la Jonghi. Dans des tentatives contre le record de l'heure et des 100 miles il a atteint plus de 170 km/h sur l'anneau de Montlhéry déjà en mauvais état au point qu'il décolle de la selle au passage des raccordements. Comme d'habitude, il est vêtu "sportivement" avec un pull-over censé améliorer son aérodynamisme tout comme les élastiques autour des cuisses. Il ajoute encore des lauriers à son palmarès de records assez bien fourni, mais c'est le Fonds de Course qui l'intéresse...
En octobre 1938 il remet ça, toujours à Montlhéry et le 25 du mois, malgré une chute, il atteint son but de justesse à la moyenne de 113,788 en 1 h 6' 15''. Pour l'occasion, la Jonghi avait retrouvé, hormis la roue arrière flasquée un aspect de moto presque normale grâce à ses garde-boue, un beau frein avant et un vrai émail sans doute noir avec filets or, comme sur toutes les Jonghi.
Sourires après la réussite de Georges Monneret félicité par Delphin son père sous l'œil de Giuseppe Remondini (à droite) génial créateur de la machine gagnante du Fonds de Course. Derrière lui se tient l'un des frères Eichel, propriétaires de Prester-Jonghi. Seule ombre au tableau, en 1939 Louis Jeannin fera remarquer que la moyenne qu'on avait choisi de dépasser était inférieure à celle que lui-même, sur Jonghi, avait signée au G.P. de 1935 soit 116,472 km/h, une paille ! Pas très bien menée, toute cette aventure se terminera bizarrement car le chèque de 150 000 F se volatilisera dans la faillite de Prester-Jonghi, au grand chagrin de Georges qui avait négocié que cette récompense lui reviendrait en totalité. L'avenir de la moto de course qui devait "faire triompher nos couleurs" était passé à la trappe.
Mauvaise surprise au G.P. de Reims le 9 juillet 1939 lorsque le cadre de la Monet-Goyon se rompt juste au-dessous de la colonne de direction. Sensations assurées ! Mais Georges n'a pas l'air plus impressionné que ça, pourtant il était alors en deuxième position (Photo archives F.-M. Dumas).
Bientôt la suite, gardez l'œil ouvert !