Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 10:08

"Dans la nature, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" (Lavoisier, chimiste 1743-1794). Formule scientifique une fois de plus vérifiée puisque le dossier que j'avais préparé en vue des articles sur la moto 1914-1918, dossier devenu introuvable au moment où j'en avais le plus besoin, ce dossier a refait surface ! Mais il ne s'est heureusement pas "transformé". Voici donc quelques unes des photos que vous auriez dû trouver au fil des quatre articles. Malins comme vous êtes, je sais que vous allez les replacer dans leur contexte sans mal...

MACHINES FRANÇAISES

Peugeot-sidecar-copy-217.jpgLorsqu'on voit ce qu'une Peugeot (5 ou 7 HP à soupapes automatiques) pouvait endurer à l'armée, on comprend mieux que certaines aient failli à leur tâche ! Dans son catalogue, Peugeot déclinait toute responsabilité en cas de rupture de cadre si ces motos étaient attelées (sic).

1914-Peugeot-estafette239.jpgEstafette sur Peugeot bicylindre tentant d'illustrer le mot d'ordre de l'armée française depuis 1870 : "Garder l'œil fixé sur la ligne bleue des Vosges". À moins qu'il ne s'agisse de localiser le fameux objectif "à gauche, à deux doigts de l'arbre en boule" connu de tous les artilleurs...

1914 peugeot gradé copy237Encore une Peugeot bicylindre aux mains d'un pilote précautionneux : courroie de rechange enroulée sur le guidon et chambre à air en sautoir.

ÉTATS-UNIS

1914-harley---passager-copy240.jpgLes fils de l'Oncle Sam sur une Harley se font tirer le portrait comme tous les bidasses du monde. Le tan-sad (suspendu) est un accessoire peu courant sur une machine militaire.

1914-Indian---cheval247.jpgPendant que l'Américain lave son attelage Indian, les soldats français surveillent leur cheval : deux façons de mener une guerre moderne.

1914-Indian-Signal-Corps242.jpgObjet de curiosité pour les populations françaises : le sidecar Indian ou l'Américain venu de l'autre côté de l'Océan ? (Photo officielle du 'Signal Corps', comme la précédente).

1914 Indian ambulance copy 241Le side-ambulance, un classique inépuisable de toutes les armées du monde, sans doute ici au cours de manœuvres (Indian).

1914-Indian-estafette-be243.jpgD'après la légende de cette photo, il s'agirait d'une estafette belge (si quelqu'un a des lueurs sur l'uniforme belge de ces années...). L'intéressant est qu'il s'agit d'une Indian dotée d'un accessoire très rare sous forme d'un démarreur électrique qui s'actionnait au moyen de la couronne dentée visible devant le pied du pilote. Trop gourmand en électricité, ce démarreur, sans doute le premier au monde sur une moto, fut rapidement abandonné.

GRANDE-BRETAGNE

1914-Douglas-stereo244.jpgPilote britannique en position de "recherche de vitesse" sur une Douglas. Les vêtements des deux gamins à l'arrière-plan semblent indiquer que la photo a été prise "at home".

1914-Douglas-profil-copy236.jpgLa moto est une Douglas avec l'équipement militaire britannique : sacoches en cuir sous le porte-bagages et mallette, mais le pilote est bien français.

1914-Douglas-3-4-copy238.jpgMalgré l'absence de couleur, on voit que le drapeau fixé au garde-boue avant est le nôtre. La présence d'un "fond" en tissu et d'un arbre font penser à un studio de photographe ambulant. Il aurait emprunté une Douglas et tout militaire pouvait ainsi faire figure d'estafette venue du front comme en témoigne le bouclier maculé devant les cylindres du flat-twin longitudinal. En contraste avec l'uniforme impeccable du personnage.

i am sorry Mam'zelle"Je suis désolé, Mamz'elle, mais je ne peux pas vous emmener faire un tour à moto, cette machine est une propriété du gouvernement". Carte postale. L'officier est anglais, de même que sa machine (une Douglas ?)

1914-Douglas-4-pilotes-copy248.jpgEncore une Douglas, reconnaissable à son volant, et soumise à rude épreuve par quatre Britons en service "Quelque part en France".

1914-BSA-vaguemestre-copy-19233.jpgUne BSA de vaguemestre sur cette photo peut-être postérieure à la guerre de 14. Elle montre néanmoins que les motos "étrangères" furent utilisées jusqu'à épuisement... mécanique.

1914-Triumph-baraquement-copy-232.jpgUn pilote de Triumph qui ne supportait pas le soleil de face et une belle ombre portée du photographe immortalisé par défaut.

1914-BSA-officier-barbu-copy234.jpgPeu d'exemplaires de BSA furent en usage en France, ce qui explique peut-être qu'elles ont presque toutes conservé leur livrée civile d'origine.

Panther Royal Flying CorpsLe Royal Flying Corps britannique était doté de 500 latérales P & M (Phelon & Moore qui allait devenir Panther. Cet officier bénéficie de l'un des 135 exemplaires qui opérèrent en France.

1914-Triumph-poilu-barbu-copy-231.jpgPas le temps de se décrotter avant de passer devant l'objectif, mais la photo n'en est que plus "parlante". La magnéto de la Triumph est une encore une Bosch (allemande, montage transversal) qui sera remplacée plus tard par une Dixie américaine (montage longitudinal).

BELGIQUE

1914-FN-4-cyl-couleur235.jpgTout est dit dans la légende sur cette carte postale en couleur. Tout, sauf qu'il s'agit d'une moto 4 cylindres F.N. Mais vous le saviez déjà...

1914-FN-solo---avion246.jpgIl est probable que dans l'action cette autre F.N. monocylindre était plus appréciée malgré sa plaque d'immatriculation démesurée (On remarque la mention encore optimiste : Guerre de 1914-15).

ALLEMAGNE - AUTRICHE HONGRIE

NSU-Wanderer-side-Delcampe-BON.jpgPrise de guerre ou réquisition de ce sidecar NSU d'une marque déjà bien implantée en France avant les hostilités.  

1914-CP-Motorradfahrer249.jpgNul besoin d'en dire plus sur cette carte allemande datée d'avril 1916.

*

En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit ! 

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 18:47

Ainsi s'établissait un contrat entre une usine britannique et son importateur français. On n'est pas très loin des méthodes qui ont (avaient ?) cours dans les ventes de bestiaux au fin fond du Limousin... Une poignée de mains et tope là !

Vincent-confirme-Garreau190.jpg

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 13:43

FN-groupe219.jpgL'armée belge fut le première à former des compagnies motocyclistes qui furent équipées tout naturellement de F.N. (Fabrique Nationale). On aperçoit ici (de gauche à droite) l'avant d'une 4 cylindres puis deux monocylindres et une autre 4 cylindres.

1914-FN-militaires-copie-1.jpgAutre image de cette section motocycliste belge. Sur la 4 cylindres du premier plan, on remarque un pneu de rechange attaché en travers du guidon. Identique par ses dimensions à celle des automobiles, la plaque d'immatriculation belge est de bonne taille et s'exhibe sur le côté de la machine (en amorce à gauche) ou sur la fourche avant comme sur la 4 cylindres tout à droite.

*

De nombreux récits, décrivant une certaine réalité des combats seront publiés après la fin du conflit. Durant celui-ci une abondante littérature guerrière se développa au bénéfice de ceux de l’arrière dont il fallait « soutenir le moral » comme disait avec une ironie amère les hommes qui avaient connu le front.

Estafette-surprise212.jpgLe décor est renouvelé, mais la scène reste toujours la même avec, cette fois, une moto caractérisée par sa fourche avant (ressort à lames) et un guidon torturé : on aura reconnu une Indian.

Il en résulta une imagerie aussi exaltante que boursouflée dont de nombreux organes de presse se firent l’écho. En première ligne (!) se trouve Lectures pour tous. Dans un numéro de juin 1915 cet hebdomadaire populaire à grand tirage publia un long article sur les formations cyclistes de l’armée française. Quelques rares paragraphes y étaient cependant consacrés aux motocyclistes dont l'un sous le titre :

UNE BOULETTE QUI NE PASSE PAS

« Le cycliste est né malin. La malchance peut le faire tomber aux mains de l’ennemi, soit, mais on ne lui arrachera pas son secret. Passons plutôt la parole au coureur Stella, motocycliste de son régiment, qui fut en septembre ramassé par les Allemands sur le champ de bataille et transporté dans une de leurs ambulances, dont nos troupes s’emparèrent après la victoire de la Marne.

Dans-la-rafale.jpgLe thème semble inépuisable et, traité de façon sommaire, il envahit même les vignettes publicitaires comme celle-ci de la Collection Phoscao.

Estafette autrichienne C PostaleDe l'autre côté du Rhin, l'iconographie populaire se sert des mêmes situations qu'en France : "L'estafette sur sa monture d'acier" échappe à l'ennemi motocycliste. Avec son ressort de fourche central, la machine pourrait être une NSU. 

« Au ton du capitaine, écrit-il au Petit Courrier d’Angers, j’avais compris que le pli était sérieux. La route était belle, et je filais au moins à 60 à l’heure, quand tout à coup un trou, qui tenait presque tout le chemin m’oblige à ralentir et à passer à gauche. Ces animaux-là l’avaient creusé exprès ; une pluie de balles siffla autour de moi. Je mis aussitôt de l’avance à l’allumage, mais j’étais à peine sorti d’affaire qu’une mitrailleuse tirait sur moi. Atteint aux jambes et aux mains, je tombai, tandis que ma pauvre moto, restée près du fossé, accrochée à un arbre, se mettait à flamber. Je pus, en rampant, m’éloigner de 400 mètres. J’espérais pouvoir, sans être vu, traverser un champ de blé. Je ne rencontrais que des cadavres allemands.

« Il y avait eu un véritable carnage à cet endroit. En me penchant, je tombai sur un genou. J’essayai de me relever. Ce fut pour mieux retomber. Impossible de me tenir debout. J’étais là, impuissant, désespéré. Je pensais à mon pli, à mon capitaine si confiant ! Nul vivant près de moi pour continuer ma tâche ! Je sortis alors mon mouchoir dans lequel était cachée la note; je voulus la lire mais la nuit était trop intense : impossible de rien déchiffrer.

« Au même moment, j’entendis du bruit. Une troupe venait vers moi. Des Français, espérais-je. Désillusion ! A la voix d’un commandement, je reconnus des Allemands. Je me jugeai perdu. Je mis mon pauvre billet dans ma bouche et le mâchai avec rage pour l’avaler. Les Allemands étaient à dix mètres de moi. La note ne formait pourtant qu’une toute petite boule, mais qui s’obstinait à ne pas descendre. Je râlais. J’allais être pris et livrer mon secret. Simulant alors un dernier soubresaut d’agonie, je me dressai soudain et me laissai tomber à la renverse. Inspiration providentielle ! Le choc fit passer la boulette. Le pli était sauvé ! ».

Lourdement enjolivé, ce récit pouvait paraître vraisemblable mais les pages de Lectures pour tous sont trop riches d’autres faits aussi glorieux qu’incroyables.

Ainsi de ces chasseurs cyclistes qui, dans la forêt d’Apremont, en Argonne, «... se précipitaient sur l’ennemi ! Le guidon d’une main, la baïonnette de l’autre, ils chargeaient ! Ils chargeaient à bicyclette, comme des fous ! ». L’article était titré : « Comment ils pédalent sous la mitraille »...

Peugeot-a-Thann.jpgUne Peugeot bicylindre à soupapes automatiques au milieu des ruines de Thann. Cette ville connut de violents combats dès les débuts de la guerre lorsque les troupes françaises pénétrèrent dans cette Alsace alors allemande depuis 1870.

1917 : LES AMÉRICAINS ARRIVENT !

USA-Capture-embarquement-troupes.jpgDans un port des États-Unis non identifié, des fantassins yankee s'apprêtent à embarquer pour la France. Photo de l'U.S. Signal Corps jamais publiée en son temps car des espions auraient pu en tirer des informations sur les bateaux visibles à l'arrière-plan.

USA-Harley-officier-copy.jpgSelon les instructions de John U. Constant (voir texte ci-dessous), la marque de la moto sur le réservoir a été effacée. On aura reconnu sans peine la 1000 Harley-Davidson semi-culbutée.

Entrée en guerre à l’automne 1917, l’Amérique débarque avec tout un matériel. Elle l’installe dans d’immenses camps dont un des plus importants est situé aux environs de Saint-Nazaire, port accessible et à l’abri des coups de l’ennemi. D’après des renseignements qui se recoupent, les motos américaines seront le plus souvent utilisées par les seuls Américains. Sur cet emploi il nous reste le jugement d’un responsable digne de foi, John U. Constant.

Il rédigea un rapport publié par la presse d’outre-Atlantique où figurent quelques chiffres intéressants, sinon significatifs. C’est aussi une peinture colorée et sans complaisance des énormes cafouillages qui paraissent affliger toutes les armées du monde...

USA-Harley-au-Mans-pont-en-X.jpgAu Mans, devant le pont en X, deux boys présentent fièrement leurs Harley-Davidson parfaitement équipées avec éclairage et sacoches cuir. 

« Je ne crois pas, déclare John Constant, qu’il y ait mieux informés que le major Noyes et moi, qui débutâmes en 1917 et eûmes la responsabilité de tout le service motocycliste jusqu’à l’arrivée du colonel Hagerman au printemps 1918. En septembre 1917, il y avait environ 400 motos relevant de l’armée américaine, soit 13 Harley-Davidson (dont une hors de service), une Excelsior, 18 Triumph anglaises et le restant d’Indian toutes très difficiles à maintenir en ordre de marche par suite du manque de pièces de rechange qui, jusqu’à l’arrivée du grand parc de réparations, étaient renfermées dans un placard de mon bureau... (sic). La principale difficulté était de maintenir un nombre suffisant d’estafettes au G.Q.G. Pour comble de malheur et par la faute du service du ravitaillement, le premier lot de rechanges arrivé se composait exclusivement de pièces Harley, alors que cette marque n’avait que peu de machines en service aux armées.

USA-cuisine-1917224.jpgSur cette carte postale très connue, outre l'attelage Indian, on remarque dans le texte la mention "Guerre 1914-1917". Nul doute pour le photographe que la fin de la guerre était proche avec l'arrivée des Américains.

« Comme nous avions 80 % d’Indian, il fallut adapter les rechanges Harley-Davidson aux Indian endommagées et ce n’est qu’en avril 1918 que nous pûmes enfin recevoir des rechanges de cette marque. Quand vinrent les grandes offensives de 1918, les unités arrivant d’Amérique amenèrent leurs motos et le pourcentage d’Harley au corps expéditionnaire ne tarda pas à s’élever.

USA-HD-side---camion-SHORPY.jpgDepuis le camion de transport lourd (FWD = marque ou Front Wheels Drive : Traction avant ?), jusqu'à la camionnette plus légère à l'arrière-plan en passant par le sidecar Indian, les États-Unis ont débarqué avec armes et bagages ! (Photo censurée de l'U.S. Signal Corps)

« À ce moment, j’étais adjoint au commandant de parc chargé de la réparation de toutes les motos dans la zone avancée et je pus constater que les machines arrivant d’Amérique avaient pas mal servi là-bas et ne pouvaient rendre que 65 à 75 % de leur rendement normal, ce qui revient à dire qu’au bout de peu de temps elles étaient hors de service. Je dirai quelques mots également du parc de réserve du matériel motocycliste de Langres que dirigeait le lieutenant Rosamond et où, par wagons entiers, arrivaient Indian et Harley-Davidson en si piteux état qu’on ne voit pas la raison qui ait pu motiver leur transport en Europe sauf peut-être pour lester les bateaux (sic).

« Je suis connu comme un vieil agent d’Indian, mais je puis affirmer qu’à l’A.E.F. (Ndlr : American Expeditionary Forces) la marque des motos ne comptait pas pour moi, au point qu’en octobre 1917 je câblai en Amérique pour faire disparaître le nom de la marque sur les réservoirs afin d’éviter toutes discussions des qualités respectives de divers types en usage à l’A.E.F. Car en somme Indian et Harley-Davidson peuvent être également fiers d’avoir aidé à gagner la Grande guerre.

« D’autre part, il est avéré que ni l’une ni l’autre de ces machines n’était le type rêvé pour la moto militaire... mais si dans certains cas on n’a pu les utiliser, il faut se rappeler, comme je l’ai dit plus haut, qu’il s’agit d’exception et non de la généralité. Peu soucieux d’engager une discussion technique avec les ingénieurs de ces deux firmes, je ne dirai rien des défauts pour la guerre de ces machines dont s’aperçoit rapidement tout motocycliste à la page. Quoi qu’il en soit, un fait domine tous les autres : c’est que la moto a rendu d’inappréciables services à l’armée américaine et a largement contribué à la défaite allemande. La meilleure preuve en est qu’à mon arrivée en France les forces combattantes disposaient de 102 motos par division et que ce chiffre n’a pas tardé à monter à 350. La prochaine grande guerre, si jamais elle vient, verra la moto plus employée que jamais. C’est là un aperçu de l’effort fourni et des services rendus par la motocyclette dont l’emploi fut également généralisé dans l’armée française.

                   John U. Constant ».

Partie intéressée dans le débat (il ne cache pas qu’il est lui-même dans le civil un agent d’Indian), John U. Constant prenait ses désirs pour la réalité. On aurait pu lui rétorquer que si la dotation en motocyclettes des divisions était passée du simple au triple, c’était peut-être aussi pour absorber la production des constructeurs américains. Chez Indian, tout particulièrement où, les commandes militaires seront un providentiel ballon d’oxygène dans une situation financière en train de se dégrader... 

Merkel-copy.jpgQui saura jamais comment cette Flying Merkel américaine s'est retrouvée entre les mains d'un heureux militaire français ? Heureux il peut l'être avec une moto exceptionnelle dans la production étasunienne et même mondiale ! Jugez plutôt : moteur bicylindre en V de 1000 cm3 à distribution semi-culbutée ; changement de vitesses à deux rapports dans le moyeu arrière, embrayage par levier à main gauche le long du réservoir - technique américaine - ; transmission primaire par chaîne sous carter, chaîne finale. La partie-cycle est à la hauteur de la mécanique : suspension arrière "monoshock" oscillante à ressort unique sous la selle ; fourche avant suspendue dont les deux tubes offrent un court débattement en coulissant sous le T supérieur. Il exista même un modèle avec démarreur constitué par plusieurs ressorts en spirale qui étaient bandés lorsque la machine roulait. Un système vite abandonné car jugé peu fiable par les utilisateurs. Créée en 1902 par Joseph "Joe" Merkel, la marque devint Merkel Light puis Flying Merkel. Elle disparut en 1917 après avoir, tout au long de son existence, inscrit son nom au palmarès des plus grandes compétitions d'Outre-Atlantique.

LE BILAN

Des deux côtés de l’Atlantique, les recherches sur le véhicule militaire à deux roues allaient reprendre de plus belle. Les « experts » français continuèrent à prédire le plus brillant avenir à la moto militaire en des termes où le lyrisme l’emporte sur le réalisme. Pour preuve cet extrait de « L’Armée Française » daté de 1935 (J. de Gigord, Editeur) : « Au volant de leurs autos-mitrailleuses, bondissant avec leurs motocyclettes sur les chemins cahoteux, nos cavaliers modernes auront, comme leurs devanciers, à faire preuve de ces qualités d’initiative, de débrouillage, de cran, qui ont toujours été l’apanage de la cavalerie française… La conduite d’engins qui peuvent « galoper » à 50 à l’heure exige autant d’audace et un esprit de décision encore plus aiguisé. Le culte des traditions, le maintien de l’esprit cavalier, toujours en honneur, restent les meilleurs garants de la valeur de notre cavalerie ».

Triumph-2-copains-copy-BIS.jpgDans la cavalerie militaire, chaque cheval a son nom et l'usage a gagné la moto. Ainsi de cette Triumph H baptisée "Margot".

Penser cheval  avant de penser mécanique était l’attitude d’esprit qui prévalait jusque dans les plus hautes sphères militaires de notre pays. 

On se souviendra que c’est au bout de six ans « d’études » que le ministre de la Guerre avait finalement autorisé, le 28 janvier 1901, la formation de la première compagnie cycliste (cantonnée au 132e de Ligne, à Reims), sur une idée du capitaine Gérard. Compagnie qui fut immédiatement présentée comme "la cavalerie d’acier"...

Il ne faudra donc pas s’étonner de voir, dans les années 30, les recrues apprendre à piloter une moto selon les règles du manège hippique : fixée au bout d’un bâti de fer remplaçant la longe, la René Gillet de service a simplement pris la place du cheval. L’apprenti motocycliste tourne en rond, comme le cavalier avant lui, toujours sous l’oeil du capitaine-instructeur, toujours éperons aux bottes et toujours cravache sous le bras !

Saumur-dessin-humo.jpg20 ans après, l'incorrigible cavalerie... motorisée ! (Carte postale des années 30)

Repos-du-guerrier-copy.jpgLorsqu'on est à l'arrière, la motocyclette a aussi quelques petits avantages. On peut jouer de son prestige auprès des personnes "du beau sexe", même si l'on ne dispose que d'une paisible Peugeot Paris-Nice bicylindre.

Triumph-armistice-Versailles.jpgLe 28 juin 1919, la paix est signée au château de Versailles. Les motos sont encore de service ! (au premier plan, une Triumph).

Gus-Bofa-img6991.jpg

"Plus jamais la guerre !" fut le cri des organisations pacifistes de tous bords au lendemain de la boucherie qui avait fait au total 18 millions et demi de morts et plus de 21 millions de blessés. Marqués à vie, de nombreux écrivains et artistes témoigneront de ce qu'ils avaient vécu dans les tranchées. L'un d'eux est Gus Bofa (Gustave Blanchot) qui, blessé au front, combattra inlassablement le "bourrage de crâne" officiel (dessin de 1917).  

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 16:17

Ce troisième article est la version, revue et augmentée, de la partie consacrée à cette période dans mon livre désormais épuisé "La Motocyclette en France 1914 - 1921"

Estafette-Carte-sepia.jpgLe Kaiser avait promis une guerre "fraîche et joyeuse... On pouvait la voir ainsi, surtout sur carte postale (datée de 1915), ci-dessus, ou encore ainsi, ci-dessous...

xavier-sager-Paris-pendant-la-guerre-4-via-postaisantigos-i.jpg... où Xavier Sager, illustrateur spécialiste des p'tites femmes légères, présente à sa façon le retour du permissionnaire. Une réalité pas toujours aussi rose.

*************

À la fin de l'article précédent (05/01/2014), un motocycliste racontait comment il avait été "sonné" par le départ d'un coup de canon. Pour le soldat, tous les bruits du front sont porteurs de menaces et celui de l'artillerie est un vacarme toujours présent. Dans « Le Feu », le terrible livre-témoignage d’Henri Barbusse, tous ces sons sont évoqués avec une composante inattendue :

«  - Le moulin à café ! Un des nôtres, écoute voir : les coups sont réguliers tandis que ceux boches n’ont pas le même temps entre les coups; ils font : tac... tac-tac-tac... tac-tac... tac...

- Tu te goures, fil à trous ! C’est pas la machine à découdre : c’est une motocyclette qui radine sur le chemin de l’Abri 31, tout là-bas ».

James belge en embuscade"Estafette belge en embuscade", telle est le légende de cette carte postale. Le photographe a reconstitué une scène plausible... en temps de paix. La machine semble être une James, anglaise monocyclindre à soupapes latérales et remarquable par son carter de chaîne secondaire étanche.  

Douglas en patrouille218Autre carte postale et autre mise en scène réaliste, cette fois avec une Douglas (peut-être celle du photographe ?). On constate que la "cavalerie d'acier" chère aux stratèges en chambre faisait aussi appel aux cyclistes.

Terrot-25851-casque-a-pointe-copy-213.jpgDocument rare sur une moto rare puisqu'il s'agit de la Motorette Terrot née quelques mois avant le conflit. C'est une 500 à moteur M.A.G. semi-culbuté (admission par culbuteurs, échappement latéral), transmission par courroie directe, suspension avant de type pendulaire. Sur le guidon, son pilote a posé sa prise de guerre : un casque à pointe allemand... Pour identification : le numéro lisible sur le réservoir est 25 851.

Magnat-Debon-solo-bicyl-copy216.jpgConsidérée comme une machine sportive, cette 500 Magnat-Debon à soupapes en tête n'a pas échappé à la réquisition comme en témoigne son numéro militaire (le dernier chiffre a peut-être été effacé). La position du pilote et le guidon étroit ne devaient pas favoriser les évolutions en "terrain varié".

Moto-Reve-copy.jpgBien que rare et délicate par sa distribution "qualité suisse", cette bicylindre Moto Rêve semi-culbutée est aussi de service armé, sans doute avec son propriétaire.

  Chaque mission comporte ses propres dangers, ainsi de l’accompagnement des colonnes de camions de ravitaillement. À l’époque il n'est pas question de liaison-radio entre les véhicules, c’est donc le motocycliste qui assure cette fonction. L’un d’eux raconte :

« CONVOYEUR »

« Depuis huit jours, il pleuvait sans répit, comme si le ciel était d’accord avec les boches pour nous rendre infernale cette préparation d’offensive. Couverts de boue, de la semelle de nos souliers au cimier de notre casque, alourdis dans nos cuirs roides et le flanc battu par notre revolver rouillé, nous roulions sans répit dans la boue liquide où plongeaient voluptueusement nos silencieux crevés. C’était la « flotte » avec toute l’horreur que ce mot inspire au soldat. Naturellement, nos camarades des camions restaient de temps en temps enlisés dans les fossés avec quelques tonnes de ferraille ou d’explosifs. Heureux encore quand tout se passait sans dégâts, ce qui n’était pas toujours le cas au grand dam des dépanneurs qui ne savaient plus où donner de la tête. En conséquence, il nous fallut, en plus des messages diurnes et nocturnes, assurer le convoyage des ravitaillements en munitions en concurrence avec les « touristes » de l’échelon, chose peu agréable et souvent très dangereuse, vu la maladresse deCyclistes masqués J'ai Vu 300Le reporter de la revue "J'ai vu" a ... vu ce motard masqué (contre les gaz) partant sur sa Douglas "... à travers la mitraille, semblable à un monstre de l'Apocalypse" !

 certains chauffeurs et les fausses manoeuvres, assez fréquentes dans la nuit. Ce jour-là donc, c’était mon tour de faire le chien de garde le long des cinquante Peugeot du 1er Groupe du N...ième R.A.L. qui allaient charger à Bazoches pour gagner de nuit notre position de Brenelle. Aussi, un pied à terre et l’autre sur mon kick, j’attendais le coup de sifflet du capitaine chef de convoi. Il retentit, les moteurs grondèrent et le long serpent s’ébranla.

« Métier de chien que faire le chien par un temps de chien avec des vieilles badernes qui n’y connaissent rien. Vraiment quelle barbe que ce va-et-vient le long d’un convoi de deux kilomètres, mais aussi quelle école de manoeuvre avec ces interminables zig-zag au ras des quatre tonnes qui vous frôlent de leurs ailes mortelles et vous rappellent qu’en convoi toute fausse manoeuvre est passible d’écrasement !

« Enfin on roulait et, en dépit du tango, les bornes kilométriques se succédaient et nous rapprochaient du parc (...) le chargement commença (...). Trois heures plus tard, les moteurs grondaient de nouveau et le long serpent s’ébranlait, mais cette fois vers l’horizon rouge où flamboyaient canons et fusées. Arriverait-on intacts ou bien, averti par ce ronflement insolite, l’ennemi nous prendrait-il sous les rafales sinistres de ses canons lourds.

Moto-et-camions-copy211.jpgOn comprend pourquoi le motocycliste (ici sur une Triumph) se sentait de peu d'importance dans ses évolutions au milieu des colonnes de tels camions (Marque ? Tonnage ?).

BSA---TRiumph-groupe-copy-220.jpgBelle brochette de "motars culottés", tous montés sur des machines anglaises. De gauche à droite : deux Triumph, une BSA, une Triumph et encore deux BSA. L'équipement des machines est varié (éclairage, sacoches, etc) mais beaucoup moins que celui des pilotes. Dans l'action, l'efficacité passe avant le respect des réglements appris dans les manuels. 

" Moins on est, meilleur c’est ; aussi était-ce peu réjouissant d’être cinquante-cinq véhicules ensemble (...). Ce n’est pas sans émotion que le convoi approchait du passage à niveau de Braisne. ZZ... boum ! un 105 vient de s’abattre à 10 mètres de la route, à la hauteur du 32e camion, un deuxième suit, court, puis un troisième en tête du convoi et un quatrième 100 mètres derrière nous.

Mais pourquoi diable s’arrête-t-on au lieu d’accélérer, notre abruti de capitaine a-t-il juré de nous faire casser la g..... Ma foi, je pousse jusqu’en tête voir ce qui se passe. Heureuse idée qui me sauve la vie car j’ai à peine démarré que le camion de queue, dont les servants ont sauté et sont à plat ventre quelque part par là, reçoit un 150 sur une roue et s’abat.

« J’arrive haletant en tête et trouve les chauffeurs en train de passer outre et de fuir, de fuir à plein moteur vers l’avant, vers les batteries qui attendent notre chargement. Vrai, notre piston [Ndlr : capiston = capitaine] de 60 ans n’est pas fort, faire arrêter un convoi sous un bombardement quand on attend après, c’est le comble de l’incohérence. Enfin quoi, il a voulu crâner, mais d’une drôle de façon

Peugeot---officier-copy-215.jpgAucun rapport avec la "baderne" dont il est question dans le texte, mais l'on constate que dès que le militaire photographié a un galon, même modeste, sa moto (Peugeot)  est curieusement plus présentable. Un gradé est tenu de montrer l'exemple... 

car il importe d’arriver et non de recevoir des marmites, même au point mort. Du coup, je fais volte face. Ma place désormais est en queue et il faut savoir s’il y a plus de casse là-bas, mais voilà le 45... il me hèle : « Dis donc moto, on avance mais le lieutenant te cherche, il y a de la casse derrière. Hélas ! c’est vrai, en plus du 50 qui gît là, épave désormais inerte, le 47 et le 49 sont criblés d’éclats, réservoirs, radiateur, carter sont percés à jour. Le 48 est embourbé, c’est la débâcle et ces cochons de boches qui tirent toujours, mais par bonheur franchement long.

« Sur l’ordre du lieutenant, les rescapés des camions touchés grimpent sur le 46. Mais qu’est-ce ? X... et Z... laissent une traînée. Horreur! du sang, du sang qui suinte des manches de cuir, puis deux cris, ils sont touchés l’un à l’épaule, l’autre à la main et aucun ne s’en était encore aperçu ! Mais on a des pansements et l’ambulance de Braisne est proche. En avant le 46, on les aura... 

 « On a ravitaillé sans accroc, mais la vieille baderne de 60 ans a démissionné. Les convois se sont réduits à 5 camions et, à notre grande joie, nous avons repris nos liaisons cessant, sans aucun regret, de faire le petit chien le long de pareilles cibles ambulantes.           Avril 1917 - Un motar culotté ».Mercure-et-Hebe-Routier.jpg

 

 

 

 

Messager des dieux dans la mythologie romaine, ce Mercure motocycliste au casque ailé trouve un peu de réconfort liquide auprès de Hébé symbole de l'éternelle jeunesse (Version iconoclaste de l'humoriste Jean Routier dans la revue "Automobilia").

Triumph & BSA campagne copy214Seuls dans une plaine immense, deux estafettes anglaises, sur une Triumph au premier plan, l'autre sur une BSA. 

   D’autres ne s’en tireront pas aussi bien. Des années plus tard leur souvenir ressurgira de façon obsessionnelle, par exemple, sous la plume du romancier et homme de théatre Francis de Croisset qui témoigne :

« ... Soudain, un échappement libre et des pétarades retentissent. La porte s’ouvre, c’est le capitaine Hollicot qui, dans toute sa gloire, apparaît. [...]. - Vous sais, me dit-il, je suis le second motocyclette qui ait roulé dans la jungle. La première était un peintre hollandais qui s’est tué contre une grosse camélia. Et vous sais... Mais je ne l’écoute plus. Un brusque malaise m’envahit. Motocyclette... Tué... Ces deux mots, prononcés par ce clair garçon en kaki me rejettent dix ans en arrière. En vain, je me raidis contre mes souvenirs, contre l’absurde idée d’évoquer [...] un ciel glacé et la guerre.

« La vision s’obstine, l’emporte, et la route boueuse vient sur moi, avec ses arbres au fusain, la route défoncée que sillonnent sur leurs motocyclettes, tant de jeunes Hollicot qui rient et que personne ne devait revoir. L’un d’eux, devant Dieckebush, écrasé à côté de sa machine et qui, le ventre labouré nous disait, à nous qui le ramassions : Je suis désolé de vous donner tant de mal. Et dont ce fut la dernière phrase.

De chics garçons, tout de même, ces garçons-là !... ». (Extrait de « La Féerie cinghalaise. 1928 »).

Wanderer-1914-Autriche-copy198.jpgAu 1er août 1914, les armées du Kaiser auraient compté plus de 4000 motos dont des NSU et des Wanderer dont celle-ci. On voit combien la moto ajoutait au prestige de l'uniforme car, au dos de cette carte-photo, l'officier autrichien Hans écrivait de bonnes choses à Fraulein Greti Gall, qui habitait à Vienne.

Wanderer-catalogue-copy-1912222.jpgTrès proche de celle de notre ami Hans, la 3 HP Wanderer du catalogue 1912 distribuée en France par Hugo Storr. Elle était déjà d'une technique avancée : distribution semi-culbutée, allumage magnéto, poulie motrice avec variateur, fourche avant à roue poussée sur courtes biellettes et suspension arrière type "cantilever" dont les ressorts sont dissimulés dans la triangulation arrière.

NSU-Saint-Amand-copy221.jpgDépart en mission d'une section motocycliste allemande équipée de cinq NSU et d'une Wanderer, au fond. La scène se passe à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) dont on distingue la tour abbatiale dans le coin supérieur gauche de la photo. Le magasin à l'angle, une fabrique de chapeaux, est devenu le Bureau de logement (Quartier-Amt).

(À suivre)

*

En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit ! 

 

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 09:49

L'article ELVIR était à peine paru que trois heures plus tard Joost Heesakkers me laissait un mèle avec toutes les références des brevets déposés par le sieur Viratelle, Marcel de son prénom, donc "le nôtre", celui de l'Elvir.

Tout passionné de mécaniques insolites fera son profit d'une visite du site de Joost qui concerne tout ce qui a existé en 50 cm3 (et moins), principalement en Europe y compris la Grande-Bretagne. Bien que ce soit limité aux machines de route, il y a de vrais bijoux ! À ce que j'ai compris de la langue batave, un rallye international réunit chaque année tous les fondus du moteur sur la roue avant, la roue arrière, sous le pédalier, dans la roue (avant ou arrière), dans le cadre, etc. Que des découvertes toutes plus étonnantes les unes que les autres sur http://www.hulpmotor.net 

Elvir dessin 1Ce dessin représente ce qui est le plus proche de la machine existante et photographiée par François-Arsène. Le brevet en a été demandé le 21 novembre 1923 et délivré en mars 1924. Pour une meilleure lisibilité, j'ai effacé une partie de la numérotation pour ne garder que l'essentiel. Les amateurs peuvent se reporter au commentaire de Joost à la suite de l'article initial du 18 janvier où figurent toutes les références des brevets.

COMMENT ÇA MARCHE

Le moteur est représenté en M. Le pneu est en R (ou r) et la jante en r 1 qui reçoit les rayons r 2. La "couronne" de transmission finale D boulonnée sur les rayons est détaillée en Figure 5. Elle est constituée par deux "flasques assemblées par des séries de boulons servant d'axes à des galets ou rouleaux", précise M. Viratelle. Le pignon-moteur 2 entraîne par une chaîne 16 une paire de pignons accolés 12 et 13, dont l'un engrène sur la "couronne" D. Cette dernière pourrait éventuellement être remplacée par une chaîne classique "tendue dans la gorge d'une poulie à gorge" (NDLR : ce qui couramment est appelé "poulie-jante").

Elvir dessin boîtePlus d'un an auparavant, M. Viratelle avait déposé une demande de brevet pour une première version de son Elvir (18 novembre 1922). Elle différait essentiellement par une transmission par galet de friction sur le pneu arrière. Du moins est-ce ce qu'il y a de plus visible d'après les dessins de ces brevets qui montrent qu'il y a parfois très loin entre un brevet et sa réalisation. Mais déjà il était précisé que ce galet pouvait être remplacé par un pignon-moteur. L'embrayage est du type à cônes-cuir, technique courante pour l'époque. La mise en route du moteur est assurée par un kick-starter "à main" axé sur 47. Le petit levier à ressort 50 permet de mettre momentanément en contact les rochets 48 et 48 (erreur de numérotation qui se rectifie à la lecture du dessin). 

Elvir-verrouillage-vitesses.jpgVue en plan de la commande des vitesses par un fer plat coulissant (34) qui comporte un point mort entre chacune d'elles. Elles sont maintenues en position dans leurs encoches par un doigt de verrouillage à ressort 55. En 39, sous une "bague", un ressort en épingle amortit les mouvements qui évoluent de 40 à 45 et inversement selon la vitesse engagée (NDLR : l'auteur décline toute responsabilité en cas de mauvais fonctionnement d'un moteur découlant de ses explications. En conséquence, toute rectification est bienvenue, voire sollicitée...).

En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit (et c'est un encouragement pour l'artiste !).  

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 12:07

1927 Renaud C.P. Roleo101Photo datée 1927, mais non située. Cependant l'arrière-plan est celui du "laboratoire" du Motocycle Club de France à Neuilly où avait lieu le pesage des machines engagées dans les grandes épreuves d'endurance (6 Jours d'Hiver, Paris-Nice, etc). Renaud présente ici sa C.P. Roleo à moteur Harrissard bicylindre deux-temps. Malgré le flou, on distingue la chaîne d'entraînement du boîtier de la "Maglum", un accessoire assez répandu combinant l'allumage et l'éclairage électrique. 

Staub boite cardanCotes d'encombrement de la boîte à vitesses du moteur Staub dit "à cardan".

Capture d’écran 2014-01-16 à 16.27.18Vu (et piqué) sur Ebay du prospectus d'un appareillage qui n'était donc pas une exclusivité de C.P. Roleo. Curieusement, le représentant se trouve à Saint-Mandé, à l'opposé géographique du fabricant Carreau Frères, proche lui de C.P. Roleo et de la caserne Champerret, siège de l'état-major des Pompiers de Paris.

En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit (et c'est un encouragement pour l'artiste !). 

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 14:12

Viratelle-5-bis-204.jpgDans les dernières pages de "La Motocyclette en France 1922 - 1924", j'ai publié quelques photos d'un étrange sidecar entraîné par un moteur Viratelle. Le nom était déjà connu des amateurs d'anciennes depuis 1905 mais pour une autre machine plus imposante et tout aussi originale : une monocylindre à bloc-moteur, refroidissement par eau, soupape culbutée à l'échappement et doté d'une boîte 3 vitesses épicycloïdales. Plus tard, à l'orée de la Guerre de 14 et dans les années 20 une autre bicylindre et une monocylindre présenteront des suspensions oscillantes avant et arrière. Donc rien à voir avec l'attelage ci-dessus dont je disais dans mon livre que "Pas un magazine, aucune revue ne l'a remarquée. On n'a pas d'autre traces de cette machine que ces photos".   

Viratelle-3-bis-202.jpgAutre photo publiée dans mon livre, à comparer avec celles qui figurent ci-dessous, en couleur.  

Sans vouloir me vanter, je me suis lourdement trompé. Enfin, pas complètement. Car si aucune nouvelle trace "imprimée" n'est apparue depuis, c'est la Viratelle elle-même qui s'est manifestée sous l'œil averti d'un lecteur. Et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de F.- A. J. soi-même, c'est à dire LE François-Arsène, spécialiste de la technique à L.V.M. et terreur des tricheurs aux Coupes Moto Légende, ceux qui tentent de faire passer leur avant-25 pour une après-25 ou le contraire. Dans le cas présent, rien de la sorte et aucun doute concernant l'identification : le numéro d'immatriculation est le même, sur la machine des photos en noir-et-blanc et sur celle que F.- A. J. a photographiée ci-dessous lors d'une réunion à Marmande.  FAJ-1-bis.jpgCette unique "Elvir" existante diffère du modèle d'époque, quoique la disposition générale reste la même. L'échappement et le silencieux sont apparents, la pipe d'admission est redessinée. On devine à travers les rayons de la roue une couronne qui est l'une des particularités de cette invention qui n'en manque pourtant pas !  

Viratelle-2-bis-201.jpgPas de transmission visible, ce qui pouvait faire penser à un galet de friction sur le pneu arrière. Que nenni, car Marcel Viratelle avait ses idées sur la question, qu'il résout de façon plutôt inédite comme on le voit...

FAJ-2-bis.jpg... sur cette photo : entraîné par une courte chaîne en "sortie de boîte", un pignon denté engrène sur une couronne solidaire du rayonnage grâce à un autre pignon (ici caché par les maillons de chaîne) fixé à l'opposé sur l'axe du pignon "menant". Pas simple à expliquer, alors si quelqu'un s'en ressent pour un dessin, je suis preneur !

FAJ 3Encore une information fournie par F.- A. J. : l'Elvir a un embrayage et trois vitesses. On en voit la simple commande constituée par ce fer plat à trois encoches, que l'on sélectionne depuis le guidon par une longue tige sous le tube supérieur du cadre (voir photo 3/4 arrière en noir/blanc ci-avant). 

Viratelle-1200.jpgÀ machine légère (deux-temps de 125 cm3 ou 175 ?) il fallait un side ultra-léger, mais doté cependant d'une fixation en trois points et d'une suspension de la caisse. Simple, certainement, mais on se gardera d'ajouter "efficace".

Viratelle-4-bis-203.jpgReste que si l'on en sait un peu plus long sur cette "Elvir", impossible d'en savoir plus sur son concepteur (constructeur ?) portraituré ci-dessus. On trouve la première trace d'un "Syndicat des Bts (Brevets) Viratelle" sur un catalogue daté "Salon 1906". L'adresse est alors parisienne, 49, rue du Surmelin dans le XXème. Au programme, mais seulement avec des dessins sommaires, une moto 1 HP 1/2, un tri-car 4 HP 1/2 et enfin un quadri-car de 6 HP 1/2, tous monocylindres ! La moto sera largement décrite dans la presse spécialisée mais pas les autres machines.

En 1920, apparaît la "Société Anonyme des Motocyclettes et Automobiles Viratelle" établie 7-9 et 11 rue Jean Bourgey à Lyon-Villeurbanne. L'espace d'un ou deux Salons, le nom retourne à l'obscurité. De la "production" de cette période, il reste (vu il y a fort longtemps) un moteur veuf de sa partie-cycle et une moto monocylindre entière que l'on peut admirer aujourd'hui dans les collections du Musée de Rochetaillée.  

Tout au long de ces décennies, et à part sur le carter de l'Elvir, aucun prénom ne figure jamais accolé au patronyme Viratelle. Fin des années 20, un Cyril Viratelle se manifestera dans la catégorie cyclecar avec un 8 HP installé dans un révolutionnaire châssis-coque métallique, le passager prenant place derrière le pilote, façon Bédélia. Le moteur est un deux-temps B.C. (Béchir & Collin) dopé par deux carburateurs. Deux vitesses seulement mais une boîte Staub à trois rapports et démarreur (?) est disponible en option. En 1933, Moto Revue présente un dessin sommaire de la transmission d'un Viratelle (pas de prénom) qui semble être un cyclecar trois roues. Le moteur est alors un Chaise arbre à cames en tête "dont le mode de distribution a été transformé en culbuteurs", précise la revue. Une idée assez iconoclaste pour être signée de "notre" Marcel...

En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit et ainsi vous encouragez l'artiste !  

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 18:52

Reçu l'album de dessins consacrés aux voitures anciennes (plus ou moins) qui hantent les rues de Barcelone et d'ailleurs, attirant l'œil de Lapin, cet artiste qui dessine plus vite et mieux que n'importe quel appareil numérique japonais. Sur 96 pages de 16 x 21 (format à l'italienne, dos cartonné) il a réuni 200 dessins environ représentant autant d'exemples de la production automobile tels que, au hasard : Hispano Suiza 1922 ("Les seules voitures de luxe qui se conduisent comme un camion", selon le roi Alphonse XIII) ; l'Isetta-BMW qui a sauvé la marque de la faillite ; la légendaire Citroën "Tube" ou encore de la même maison le "Mille pattes" à 10 roues et quelques autres curiosités dont ci-dessous :  

lapin-peugeot-1899.jpgLapin visite aussi les musées, par exemple au Portugal où son commentaire dit tout de la machine... Il a aussi un œil sur les bizarreries qui se rattachent quelque peu à la motocyclette comme cette ...

lapin-helica195.jpg... ... Hélica qui dort en France au CNAM de Paris.Biscuter-lapin-o.jpgLe Biscooter Voisin-Gnome Rhône qui, sous le sigle Autonacional, s'était refait une santé en plastique chez les Espagnols.

lapin-zundapp-janus196.jpgZündapp s'est lancé dans les "micro cars" avec cette "Janus" à deux portes, l'une à l'avant et l'autre à l'arrière. Les quatre passagers étaient dos à dos, deux par deux avec le moteur entre eux (un monocylindre deux-temps de 250 cm3).

lapin-proto-portuguais197.jpgPeut-être un "scoop" mondial avec ce proto portuguais IPA (Industrie Portuguaise Automobile ?) dont la cylindrée doit cacher un Villiers deux-temps qui équipa aussi le Biscuter ?

Maintenant, Monsieur Lapin nous doit l'équivalent en motos de ce "Oldies but Goldies" automobiles. En se promenant sur son site, on trouve déjà de quoi faire un beau début sur ce thème (voir Zhumoriste du 24/02/2013 et du  25/08/2013). Il suffirait qu'il fasse pour les motos ce qu'il a fait pour éditer - en auto édition - ce "Oldies" qui fut financièrement amorti à 95 % avant de voir le jour ! Comme il a été tiré à 500 exemplaires, c'est dire qu'il en reste peu à la vente. Vous saurez tout en allant sur http://laboutiquedelapin.bigcartel.com/product/oldies-but-goldies Après çà, réservez une heure ou deux (et plus si affinités) pour voir les autres productions de Lapin ainsi que son blog passionnant.


En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit ! 

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 17:58

Ce deuxième article est la version, revue et augmentée, de la partie consacrée à cette période dans mon livre désormais épuisé "La Motocyclette en France 1914 - 1921"

Caporal-epinal158.jpgKépi et pantalon rouge seront remplacés par le casque métallique et la tenue "bleu horizon" au milieu de 1915. Mais la posture imaginée par "ceux de l'arrière" est toujours aussi improbable qu'héroïque !

Campagne-atelier-1914-copie.jpgAvant ou après août 1914 ? L'important est que la difficulté de maintenir en état un parc motocycliste opérationnel formé de machines de réquisition est bien visible sur ce document. Trois marques différentes pour trois motos  et trois parmi les moins courantes. De gauche à droite, une F.N. 4 cylindres (!), une Terrot-Zedel (ou MAG ?) bicylindre en V et une NSU allemande, également bicylindre en V.

Terrot-sidecar-copie.jpgLa plus grosse cylindrée de Terrot (bi en V) était certainement plus apte à un transport  de courrier, voire d'officier, qu'à voir les combats de près. Outre un compteur de vitesse au guidon, commandé par un câble direct, on remarque ce qui ressemble à une sirène d'alarme : pour ouvrir la voie ou prévenir la troupe de l'arrivée du courrier ? Triumph-en-trio-copie.jpgLes Triumph ne furent guère ménagées comme en témoigne ici leur allure. C'est ainsi qu'elles forgeront leur réputation de fiabilité dont la marque profitera longtemps après que la paix soit revenue.

SOUS LE FEU

On ne connaît guère de traces officielles de l’utilisation tactique de la moto durant ce conflit. Cependant nombre de documents photographiques témoignent de son usage, et celui-ci est nettement moins guerrier que d’aucuns l’avaient prophétisé.

À une écrasante majorité, les motos illustrées sont d’origine britannique, tous les constructeurs d’outre-Manche étant devenus fournisseurs des armées (voir article précédent du 6/11/2013). Certains ont livré quelques dizaines d’exemplaires seulement car, très rapidement, le marché a été partagé entre deux fabricants : Douglas (18 315 unités) et Triumph (17 998 unités).

Clyno-Valpic-copie.jpgSur les 642 Clyno utilisées sur le Continent, 478 le furent en France. Ces chiffres concernent plus probablement la 750 bicylindre en V de la marque utilisée avec un sidecar blindé et armé d'une mitrailleuse. Celle-ci est une modeste Clyno 250 bloc-moteur deux-temps et deux vitesses réquisitionnée puisqu'elle porte encore son numéro civile I8 (jusqu'en 1928, à Paris et à la région parisienne étaient dévolues les lettres E, G, I, U et X).

On estime qu’à peu près la moitié de chacun de ces contingents fut envoyée sur des fronts extérieurs à la Grande-Bretagne. Comme le sol français a vu défiler au total 15 978 motos anglaises, il n’est pas étonnant de les trouver en nombre (tout est relatif) aux mains de nos soldats. La vie de ces combattants particuliers n’était pas toujours ce qu’au front on appelait un "fricot", c’est à dire une sinécure. Une fois la paix revenue, les journaux spécialisés publieront quelques rares  témoignages d’anciens motocyclistes militaires, récits spontanés, colorés et... édifiants ! L’un d’eux a évoqué le premier contact entre de futurs motars (c’est la première fois, semble-t’il qu’apparaît ce terme qui va connaître le succès que l’on sait et c’est l’orthographe de l’époque) avec leurs machines.

« ON TOUCHE LES ZINCS »

« Arrivés de la veille, moulus par un voyage de dix heures sur les Saurers de la formation, les douze motars du N...ième R.A.C. sortaient un à un des cantonnements et blaguaient devant le parc quand, enfin réveillé, le regard vide et la vareuse débraillée, l’O.M. (Ndlr : Officier du Matériel ?) parut et d’un coup d’oeil circulaire s’assura qu’aucun de nous ne manquait à l’appel. En effet, moins heureux que nos camarades « camions », nous n’avions pu recevoir à temps nos trépigneuses et avions dû, quelle honte, faire l’étape de Tremblay-Mello sur les sièges inconfortables des trois tonnes et attendions fiévreusement le beau jour où nous pourrions enfin trépigner à notre aise. Lentement les bâches des Saurer se relevèrent, les portes détachées servirent de plans inclinés et, avec aisance, solos et sidecars gagnèrent le sol tandis que le lieutenant, qui décidément regrettait son plumard, nous affectait d’une voix pâteuse le numéro 95... et nous faisait signer le livret. Le sort en était jeté, nous venions de toucher les zincs.

« On les tenait, mais hélas ! s’il est vrai qu’il y ait loin de la coupe aux lèvres, je crois qu’il y a encore plus loin d’une moto qu’on tient à une moto qui tourne. L’expérience allait le prouver de façon péremptoire.

« En effet, dès que notre supérieur, par excés de confiance ou franc je m’enfichisme, eut tourné les talons, nous fîmes le plein et commençâmes à jouer du kick-starter. Pour sept d’entre nous ce fut en vain et tandis que nos camarades plus chançards s’égaillaient de tous côtés pour les essais, il ne nous restait qu’à commencer méthodiquement... à dépanner nos machines neuves.

« Pour mon compte, constatant avec désespoir que ma magnéto s’obstinait à ne pas vouloir allumer, je démontai le tout et trouvai que la douille en fibre de l’axe du marteau, dilatée par l’humidité, s’opposait au retour en contact des deux vis platinées. Toile émeri, rodage, remontage, essai à l’air libre et voilà la matinée passée sans qu’une seule explosion ait pu jeter une lueur d’espoir dans mon ciel légitimement obscurci. La soupe mangée hâtivement, je remis la sauce. Bientôt quelques velléités de démarrage se produisant, je tentai la voltige et, m’enlevant sur les poignets, m’élançai à travers le village.

Dessin estafette J. RoutierJean Routier illustra souvent les aventures du "motar" dans Automobilia, l'une des rares revues publiées durant le guerre (tous les deux mois) sur le thème de la motorisation. 

Campagne-Loire-1914-copie.jpgDe tout temps, le militaire a cherché à se rapprocher des camarades originaires de sa région. Ici ceux de la Loire ont pris la pose le temps d'une photo avec les attributs de la fonction de chacun, bicyclette ou moto (Peugeot à soupapes automatiques). L'occasion aussi de mettre discrétement ses galons en évidence.

« Hélas ! la poisse, l’éternelle poisse, la divinité maudite veillait. Les boisseaux d’air et de gaz, le pointeau de réglage du gicleur s’en donnaient à qui mieux mieux, et dans cet invraisemblable cafouillage la moto incontrôlable tantôt voulait m’emporter à 70 dans la mare aux canards, tantôt calait ou m’obligeait à faire un peu de première vitesse. Néanmoins, calme et raisonné, je multipliais les arrêts et, jetant quelques logarithmes sur mon carnet, déterminais avec précision les limites de débit d’essence (elle pesait 780) et d’air, tendais les câbles et arrivais à obtenir la course voulue pour la vitesse maximum et le meilleur ralenti. Quatre heures plus tard, j’abattais le kilomètre en 40 secondes et m’apercevais que j’étais premier prêt des sept infortunés auxquels la X.X.X..... Company avait joué le sale tour de livrer des zincs en panne.

Dessin-PUB-Zenith.jpgPendant la guerre, les affaires... et la publicité, continuent !

« Le soir venu, la farandole commença et onze machines sur douze étant au point, la bande de jeunes fous que nous étions bondit vers Clermont, comme une meute de chiens courants. Spectacle féerique que celui de ces onze bolides roulant à plein gaz dans la plaine sans fin qu’un pâle soleil de mars plongeant à l’horizon faisait flamboyer de sa lueur rougeâtre.

« Onze moteurs emballés, onze hommes couverts de cuir, le paysage fuyant plus vite que dans un rêve et là-bas, vers le Nord, par dessus les collines, l’ombre des champs de bataille qui devaient nous dévorer. Nous roulions roue à roue dans une course effrayante, essayant les machines, nous essayant l’un l’autre pour savoir qui, là-bas, décrocherait la palme et qui, moins sûr en selle, serait mangé par la route. Enfin, quand la nuit étendant ses ailes noires nous apprit qu’il fallait tout de même rentrer au parc, nous savions à peu près quel serait notre sort et quand, décompressés, les moteurs stoppèrent, chacun sut ce qu’il était capable de faire. Un bon motocycliste se révèle au réglage et aux essais.

Signé : Un motar culotté ».

*

Estafette stéréo copieDans la "Zone des Armées" (ici le Pas-de-Calais selon la pancarte), petite mise en scène humoristique éditée en carte stéréoscopique. Mais la boue du chemin, les uniformes, la Peugeot et les armes sont, eux, tout à fait réels.

Échappant à l’horreur de la vie quotidienne des tranchées, l’agent de liaison motocycliste n’effectue pas pour autant des missions sans danger. Un autre motar évoque ses souvenirs. Au passage on notera un hommage appuyé à la Triumph, l’une de ces fameuses monos 550 cm3 latérales surnommées « Trusty » (loyale, sûre) pour leur fiabilité exceptionnelle.

« UNE SALE BLAGUE DE L’A.L.V.F. » 

« Le soir venait... Dans notre carrière de Billy un calme absolu régnait : les camions, partis depuis midi, ne devaient rentrer que dans la nuit ; aussi chacun jouissait de son mieux de la délicieuse fraîcheur qui se substituait au soleil tropical de l’après-midi. Pour mon compte, noyé dans ma veste de cuir, casque en tête et revolver au flanc, j’attendais « les papiers pour le P.C. » en sacrant après le « vieux » qui allait encore me faire rentrer de nuit. Finalement il apparut et garnit ma sacoche d’une liasse d’états plus ou moins « néant » et de quelques messages secrets. Un coup de kick et ma Triumph, démarrant superbement, m’emportait plein gaz vers la ligne de feu. Bientôt je quittai la route de Reims et franchis l’Aisne. Au loin, vers le Nord, la canonnade marchait bon train, et tout faisait pressentir... un sérieux sonnage à l’arrivée.

Triumph-ss-officier-copie.jpgFaiblesse reconnue de la Triumph H, le ressort de sa fourche pendulaire trop faible qui finissait par s'avachir. Seul remède, mais radical, une simple courroie qui annule son débattement !  

Néanmoins mon attention était principalement retenue par les difficultés du terrain et les doux gargouillements que la trépidation faisait naître dans mon estomac trop bien lesté. Aussi fus-je quelque peu ahuri de ce que je vis en dévalant la côte du fort de Condé. La route, la route où j’étais passé la veille, était aux trois quarts coupée, cependant que de respectables cratères en jalonnaient les bords et que de désagréables 105 y rendaient à cette heure le passage périlleux.

Calme et résolu, je passai et bientôt, quittant la route, je m’engageai sur les pistes aboutissant au P.C. Dans le crépuscule, la flamme des arrivées, agrémentée du bourdonnement des éclats, réduisait à chaque instant mes chances d’arrivée, et pourtant le but était là, à huit cents mètres, dont chaque seconde me rapprochait. Une chose était seule possible : passer... ou tomber là, sur ces pistes, loin de tout secours...

Rudge courrierPar la photo, ci-dessus une estafette sur Rudge-Multi, ou par l'imagerie, on fabrique une vie au front à l'intention de ceux de l'arrière. Quant aux exploits guerriers... 

Estafette-Ricqles159.jpg... que la carte postale relatera abondamment plus tard...

Estafette Pays de Fr... on peine à trouver sur quels faits ils reposent.

Malgré tout, j’arrivai à destination, remis mes papiers, en reçus d’autres et me relançai dans la fournaise, poussant gaz et avance pour ne pas rentrer trop tard (...). J’arrivai à Celles, au bord de la voie ferrée, où quatre pièces de marine, en tourelles, braquaient leurs énormes volées à quelques mètres en travers et au-dessus de la route. Imprudemment, je tentai de passer avant le départ des coups : hélas ! la quatrième pièce cracha au moment exact où je passais dessous... Une flamme géante, un choc et je me retrouvai dans le fossé appuyé au talus, avec le feu à bord et sourd comme un pot. J’ai éteint l’incendie, et je me rappellerai longtemps d’avoir été « sonné » par un départ français ».

*

Douglas-pub-1917193.jpgDessinateur dans des revues automobiles britanniques, T. Smallwood donne une interprétation humoristique de la guerre dans cette publicité d'une page entière de "Automobilia" à la gloire de Douglas (Janvier-Février 1918).

Morar-horizontale-copie.jpgAlarmé par la saignée provoquée dans les rangs de l'armée française, le gouvernement demanda en août 1915 l'aide de la Russie. Malgré les réticences de son État-major, le tsar Nicolas II fit envoyer 40 000 hommes en renfort (1916). La moitié environ combattirent en France, l'autre moitié sur le front de Salonique. Lors de la révolution bolchevique de 1917, certains rejoignirent leur pays tandis que d'autres restèrent chez nous. L'un d'eux était Stefan Morar, ici à droite devant un militaire français, qui s'établit à Paris et y fonda une famille.  

Morar-verticale-copie.jpgOn retrouve Stefan Morar au guidon de l'attelage emmené par une peu courante James au caractéristique ailettage du cylindre "en hérisson". Un gradé russe a pris la place du gradé (belge ?) de la photo précédente. Ces deux documents font partie du trésor familial d'Olivier N..., petit-fils de Stefan, qui fut longtemps mon voisin parisien. Le monde est petit...

***************************

UN TÉMOIGNAGE INATTENDU

Le 26 février 1930, Violette Morris (ci-dessous, à droite avec une amie. Photo de Brassaï)brassai7 "garçonne" autoproclamée (elle a subi volontairement l'ablation de sa volumineuse poitrine "qui la gênait pour conduire") comparaissait devant le Tribunal civil de Paris. Une plainte contre elle avait été déposée par la Fédération Féminine Sportive de France qui l'avait radiée, prétextant sa vêture masculine et le mauvais exemple qu'elle donnait ainsi à "nos jeunes filles". Cette particularité vestimentaire, Violette Morris la défendit devant les juges en ces termes : "Ce droit (de s'habiller en homme), je l'ai acquis moralement lorsque j'étais estafette entre 1914 et 1917. Pour circuler à l'arrière, ou même à l'intérieur des lignes, ni la robe ni la jupe n'étaient de mise. C'est là-bas, à Noyon (*) et plus tard à Verdun, que j'ai pris l'habitude de me vêtir "en homme".

(*) D'abord pour la Croix-Rouge, puis à l'État-major.

Douée pour tous les sports d'athlétisme, allant même jusqu'à la bicyclette derrière stayer, Violette Morris y remporta de nombreuses victoires dans les années 20. Elle participa également à des épreuves sur longue distance au volant de cyclecars Benjamin (Bol d'or 1927). Ses activités au service de l'occupant allemand durant la seconde guerre lui valurent d'être exécutée par des maquisards en avril 1944.

 

En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit ! 

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article
25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 11:38

Vincent-slogan189.jpg

Vincent-Black-catalogue199.jpgDans les années 50, la bataille entre les marques britanniques se livrait sur tous les circuits, vitesse ou tout-terrain, et aussi à coups de slogans publicitaires. Comme on en était aux balbutiements de ce fructueux métier qui consiste à faire acheter et encore acheter, les formulations étaient sommaires pour ne pas dire élémentaires. On a connu Norton qui fut longtemps "Innaprochable", Royal Enfield était "Construite comme un fusil" ou plutôt "un canon". Une autre était tout simplement "Incomparable" ou "Magnifique" (Matchless) tandis que Panther se contentait modestement d'être "Une mangeuse de kilomètres".

Avec sa formule "La moto de série la plus rapide du monde", Vincent place le curseur très, très haut, suite à l'exploit devenu (depuis) mondialement célèbre de Rollie Free en 1948 mais qui, à l'époque, ne remua pas spécialement les foules. L'Amérique, c'était si loin... Cependant ses 252 km/h, record pour une Vincent Black Lightning sans compresseur (ci-dessus, photo extraite du catalogue), sont encore loin des 279,5 que la BMW suralimentée de Henne avait signés en 1937. À la suite de R. Free, dont le record pour aussi spectaculaire qu'il soit n'avait rien de "mondial", les appétits s'aiguisent. Bob Berry, Noel Pope échouent dans leurs tentatives de 1949, de même que, à nouveau, R. Free (1950) qui est pourtant passé au carénage intégral.

 La Vincent semi-carénée de Vic Procter approcha du record avec 272 km/h avant de se fracasser sur la piste en Afrique du Sud (janvier 1951).  Rollie-crash-1950.jpgCe jour de 1950, Rollie" Free n'a pas dû regretter d'avoir renoncé à sa tenue fétiche : caleçon de bain et mocassins ! Néanmoins, il a à son actif un record qui semble inégalé depuis, c'est celui du plus long "traînard" à bord d'une Vincent, établi sur environ un quart de mile.

 

Afin d'encourager le retour dans l'Empire britannique de ce record de vitesse absolue sur le kilomètre lancé, l'hebdomadaire spécialisé The Motor Cycle avait offert depuis 1949 un trophée assorti d'un prix de 500 £ (à peu près le prix d'une Lightning à l'époque) qui sera doublé peu après). Reginald W. Dearden, qui allait devenir l'un des grands préparateurs de Norton Manx (un Geoff Duke ou Mike Hailwood lui doivent leurs premiers exploits), s'empressa alors d'acquérir une Lightning et de lui adapter un compresseur Shorrock. Ce volumineux "accessoire" installé avec l'aide de l'usine au-dessus de la boîte nécessita une transformation de l'arrière de la Vincent qui s'en trouva rallongée d'une quinzaine de centimètres. Ce qui n'était pas un luxe car aux essais, même avec son empattement plus grand, la roue avant avait une désagréable tendance à quitter le sol...

Reg Himself lightningReg Dearden himself mettant la dernière main à son "bébé" pour les besoins de la photo car il existe un autre document de lui plus ancien et sur lequel il avait une chevelure plus fournie... (Photo sur classicmoto-cycles.blogspot.fr mais venant probablement d'ailleurs).

À la fin de 1950, la machine est présentée à la presse et abondamment détaillée, mais il n'est toujours pas question de record. Encore moins de record mondial de vitesse puisque c'est celui-ci que vise R. Dearden. En avril 1951, coup de froid sur les ambitions britanniques lorsque NSU porte le record à 290 km/h. Loin d'être aussi "standard" que la Vincent (soupapes culbutées), la machine allemande est une bicylindre parallèle avec un double ACT commandé par arbres et un compresseur. Son moteur est semblable à ceux qui coururent en vitesse tant que la suralimentation fut autorisée par les instances internationales.

NSU-profil-Delphin-1951206.jpgLa première version de la "Delphin" lors de sa victorieuse conquête du record mondial le 12 avril 1951 sur l'autoroute Münich-Ingolstadt. Wilhelm Herz, pilote d'usine depuis l'avant-guerre chez NSU, signe le record en 500 solo et aussi en 350 solo. Herz sera de tous les records NSU battus par la suite à Bonneville en compagnie de H. P. Müller, autre "vieille" recrue de l'usine allemande.

NSU-1951-moteur-Kompress208.jpgÀ partir du moment où le compresseur fut interdit dans les Grands Prix, NSU n'avait plus rien à cacher de ses mécaniques. Photos et dessins (signés Schlenzig) furent largement diffusés dans la presse internationale, détaillant le puissant bicylindre 500. La commande des arbres à cames par arbres et pignons d'angle se retrouvera un peu plus tard lorsque l'usine de Neckarsulm sera revenue au niveau européen dans les courses de vitesse. Le compresseur logé derrière les deux cylindres ajoute encore à l'impression de puissance dégagée par ce bloc-moteur.NSU-1951-Herz-s-installe209.jpgLe pilotage d'un monstre de record demande aussi quelques qualités athlétiques, en plus d'un gros cœur...

NSU-1951-reord-auto210.jpgEn accord avec la firme Opel, le bicylindre NSU à compresseur équipa aussi un quatre roues léger qui battit des records de sa catégorie en 350 et 500, les 25 et 26 octobre 1951. Sur le km lancé, V. Opel atteignit 213 km/h en 350. Autre cylindrée, autre pilote, en 500 Lehder parcourut le kilomètre à 261,6 km/h de moyenne. 

À tous ces avantages, NSU en ajoutait un, celui du carénage "scientifique". Les Italiens avec la Gilera, les Allemands avec BMW et quelques Britanniques avaient déjà utilisé des carénages plus ou moins bien élaborés. Celui de la NSU était donc meilleur avec un moteur plus puissant ? Possible mais pas certain car en 1955, une Black Lightning sans compresseur parcourait le fameux kilomètre à 297,906. Pilotée par le Néo-Zélandais Russel Wright en solo, elle battait aussi aux mains de Robert Burns le record sidecar détenu par Bohm sur la NSU.

La dernière information publique autour de la Vincent Dearden remontait à 1953. Dearden avait alors annoncé que Leslie Graham, champion du monde des 500, piloterait sa Lightning dans une tentative de record du monde à Bonneville. Mais le Tourist Trophy Senior de cette année là fut fatal à son champion.

On ne connaîtra finalement jamais les possibilités de la Dearden Special. Délaissée, elle va passer de main en main à partir de 1970. Elle est d'abord vendue à Eric Biddle, un ami de Dearden, qui n'en fera rien et la cèdera à un Américain (1977). On la retrouve ensuite au Canada puis, dix ans plus tard chez un collectionneur texan (1987) qui la fera tourner de temps à autre, juste pour le "fun". En 2008, elle se retrouve sur le podium de ventes aux enchères, en Angleterre chez Bonham's où elle trouve acquéreur pour une somme... certaine. Elle est désormais en Europe, sur le Continent dans une bonne maison où j'ai eu le bonheur de la voir de près et de la détailler. Donc visite guidée dans un prochain article.

En inscrivant votre adresse mail dans la case "newsletter" en bas de la colonne à droite, vous serez immédiatement informé de la parution d'un nouvel article. C'est absolument gratuit !         

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article

Présentation

  • : Z'humeurs & Rumeurs
  •      Z'humeurs & Rumeurs
  • : La moto et ses (larges) à-côtés
  • Contact

N'oubliez pas que...

... en inscrivant votre e-mail dans la case ci-dessous, vous serez prévenu instantanément par un message dans votre boîte de la parution d'un nouvel article. 

Recherche

Archives

Pages

Liens