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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 17:17

La disparition le mois dernier de Sophie Desmarets a allumé une bougie d’alarme dans ma tête. Entre elle, l’espiègle demoiselle à l’esprit si léger dans tant de films et de pièces de théâtre, entre elle et la moto, il y avait un lien. Ce lien c’était Jean de Baroncelli, son mari connu surtout pour avoir été le critique cinémasophie-desmarest du quotidien Le Monde de 1953 à 1983. Il était aussi écrivain, ce qu’on a oublié. Il a signé entre autres un livre qui a pour titre, simplement : « Vingt-six hommes ». Bien que ci-devant marquis (le dixième du nom), Marie-Joseph-Henri-Jean de Baroncelli-Javon (très vieille noblesse languedocienne), fut incorporé dans un peloton motocycliste en 1939. Il partit à la riflette comme tout un chacun, il y vécut la même expérience que tant d’autres. S’en étant sorti indemne, il raconta son expérience à peine romancée dans ce livre paru en 1941 (Grasset éditeur). De la « drôle de guerre » à la Campagne de France, puis la déroute, puis l’embarquement vers l’Angleterre, il décrit les aventures de ses vingt-six compagnons, les premiers combats, les premiers blessés, les premiers tués. Un livre qui commence par : « Ils étaient vingt-six dans le peloton. Vingt-six hommes et vingt-six motos. Les motos venaient de la réquisition, il y en avait de toutes les marques et de tous les âges. Les hommes venaient des fermes des environs. Ils étaient partis un matin, juste après l’aube. Ce n’était pas la guerre encore… ». Il existe une édition de "Vingt-six hommes" illustrée par des lithographies du peintre André Lanson qui a été inspiré par les moments les plus intenses de ce récit. En voici quelques uns.  26 hommes 1963"Quand la machine d'un copain refusait de partir, on la poussait à deux ou trois pour entraîner le moteur. Parfois un phare s'allumait, les brigadiers aussitôt tempêtaient : "Les phares, nom de Dieu, les phares..."26 hommes 2964"Le général était arrêté de l'autre côté de la route (...). Ils passèrent devant lui sans trop savoir quoi faire. C'est ennuyeux de passer devant un général sans le saluer. Mais ils n'avaient pas le droit de saluer à moto. Ils firent semblant de ne pas l'avoir vu."26 hommes 3965"Une véritable panique le saisissait : maréchal des logis, il s'était trompé d'itinéraire et avait entraîné dans son erreur cinq hommes de son groupe. Ces hommes, maintenant, attendaient de lui une décision. Il était leur chef, il fallait qu'il parle, il fallait qu'il donne des ordres."26 hommes 4966"Dès les premiers kilomètres, il commença à pleuvoir. La route devint glissante (...). L'eau les pénétrait de toutes parts. Cloués à leurs motos par les mains et les cuisses, ils évitaient le moindre geste. Des rigoles se formaient dans les plis de leurs culottes, leurs cache-nez de laine se gonflaient comme des éponges ; malgré les gants, leurs doigts gelés glissaient sur les poignées de caoutchouc."

26 hommes 5967"Ils n'auraient jamais cru que l'on pouvait penser à tant de choses à la fois, à des bateaux, à des cheminées de bateaux, à de longs trains de bateaux tournant comme des manèges, à des bateaux noirs avec des échelles et des hommes accrochés aux échelles, des hommes qui ressemblaient aux copains disparus : à Roussette, à Vitard, à Gardagne, à Lachèvre ; que l'on pourrait penser aux copains disparus et en même temps à Dunkerque, à Dunkerque qui flambe et qui fume comme une énorme cheminée de bateau, à ces milliers de gars qui, eux, ne sont pas tués et vont prendre le bateau, à tous ces bateaux qui brûlent, à leurs motos, à ces voitures que l'on brûle, au camion de munitions qui explose et qui brûle, à la figure de Lachèvre toute brûlée, à nos villages, à ces maisons, à ces bois qui brûlent en Belgique, à tout ce qui les entoure et qui brûle, à leur fatigue qui les brûle..."

***************

La réalité de cette guerre n'était pas moins désespérante que sa fiction littéraire..

 

1940 Quelque part en FranceEn 1914-1918, la longue guerre de tranchées suscita des vocations d'artistes qui réalisèrent des objets-souvenir (!) en utilisant le matériau qu'ils avaient sous la main, en général des douilles de munitions diverses. En 1940, le soldat passa moins de temps en cantonnement, d'où une moindre fabrication "artisanale" et avec des matériaux plus faciles à travailler. La carte ci-dessus est fabriquée avec des fétus de paille fendus puis découpés et des déchets de liège (les pneus, le costume)). Ébarbée, une plume d'oie fendue dans sa longueur a fourni l'échappement. L'œuvre est signée : "Jo Calvé (ou Calvès) - 1940".

1940 René Gillet guerre MatchAvant l'orage, une image de paix destinée à soutenir le moral des troupes... de l'arrière.1940 R GilletOn dirait que pour la guerre 1939-1945, chaque soldat allemand avait reçu un appareil-photo en dotation avec son paquetage guerrier, ce qui nous vaut aujourd'hui tant de clichés sur la déroute française. Au point qu'il existe sur le vouèbe un annonceur ebay (américain) qui propose des dizaines et des dizaines d'albums entiers constitués entièrement de photos prises par des soldats allemands suivant la progression de leur offensive vers tous les pays d'Europe et d'Afrique.

1940 side indian détruit360Comme d'autres rapporteront dans leur famille un casque, un fanion, un ceinturon ou un sabre comme trophéee de guerre, certains choisissaient de montrer la mort de l'ennemi dans son aspect le plus brutal. Ainsi de ces deux Français dont le sidecar Indian mitraillé a fini dans un poteau. Les civières ainsi que le nez du side et son arrière peints en blanc indiquaient pourtant bien qu'il s'agissait d'un véhicule-ambulance. 

1940 La PanneSur les plages de la Manche et aux alentours seront abandonnés 75000 véhicules divers, avec 2472 canons et 180 avions. 338 226 hommes pourront rembarquer vers l'Angleterre dont 139 097 Français.

1940 René Gillet épave allemandLe photographe allemand avait un certain sens de la mise en scène pour avoir placé le casque français sur les restes de la selle de cette René-Gillet.

Indian cassée 1941968Arrivées bien tard, les Indian ont quand même vu le feu de la bataille.

Tombes Frera BON"Respect aux morts", ont écrit leurs camarades à la mémoire de ceux qui ont résisté sur ce qui était peut-être une barricade dérisoire contre les blindés ennemis.

BSA plage Dunkerque969Une image qui symbolise la défaite de 1940 : une BSA M20 abandonnée, des camions vides et des militaires, à droite, qui attendent un bateau pour l'Angleterre tandis qu'une ville portuaire brûle dans le lointain...

 

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Published by zhumoriste
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durand 04/03/2012 19:19

bravo jean du beau boulot,une intensite dramatique ds tes photos

j ignorais le livre du mari de sophie

zhumoriste 14/03/2012 11:14



J'ai vu passer ce livre sur ebay il y a peu...



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