Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 15:18

En trouvant ce document publicitaire dans une revue japonaise de 1953, je pensais que la machine de ce marin américain n'était que l'un de ces assemblages aussi multiples qu'éphémères comme nos pays en ont connus au lendemain de la guerre. Un vélo renforcé auquel on greffe un moteur 50 deux-temps et puis basta ! 

1953-Toyo-60-cmc-marin-Navy.jpgGrâce à ma vaste connaissance du japonais (que jusqu'ici j'avais soigneusement dissimulée...), j'ai pu apprendre qu'il s'agissait d'un moteur de 60 cm3 de la marque Toyo Motors. Mon intérêt s'est accru en voyant cette photo (ci-dessous) sur ebay de ces deux GI's hilares déguisés en Laurel & Hardy, photo achetée illico pour une poignée de riz, soit 1 yen pour 1 grain de riz. Constatant qu'il s'agissait bien de la même machine, je me suis alors plongé dans le grand dictionnaire qui répertorie toute la production nippone depuis 1945 et dont le titre doit se trouver dans le vermicelle ci-après :

dico-japonais080.jpgCette Toyo ne payait pas de mine et il en sera ainsi de presque toutes les productions assez aventureuses de la Toyo Motors, marque créée en 1949 par Kawamada Kazuo. L'homme n'est pas un néophyte en matière de motorisation. En 1943, durant la guerre, il a construit pour l'armée un bateau léger sans pilote, donc télécommandé et muni d'un gyroscope, destiné à ravitailler sur courtes distances les soldats éparpillés sur les nombreuses îles du Pacifique envahies par l'Empire. Mais c'est peut-être son passé de coureur sur Harley-Davidson dans les années 30 qui a le plus inspiré sa nouvelle vocation motocycliste à Kawamada. La Toyo Motors  va d'abord se spécialiser dans la fabrication de moteurs adaptables en 50 puis 60 et enfin 88 cm3, tous en deux-temps. Avec des chiffres de production qui peuvent laisser rêveur : 100 000 unités puis 80 000 et enfin 120 000, avant de proposer une machine complète avec le moteur de 88 cm3 dont 30 000 exemplaires seront vendus en 1952.   

1954-Toyomotor---GI-s-SIGNE-071.jpgLa guerre du Pacifique a été extrêmemnt violente et coûteuse en vies humaines, mais dès 1954 la réconciliation semble bien avancée. Au dos de la photo on lit : "Rufus Hasell & Me in Sasebo, Japan. 15 mar 54". 

À partir de 1954, Toyo ne produira plus que des motos complètes dont la cylindrée passera à 125, 150 et 180 cm3. Cependant les ventes sont à la baisse comme chez tous les "petits" constructeurs de l'archipel qui sont sous la barre des... 30 000 machines annuelles ! Une seule fois (1956) un coup de chaud fera monter ce chiffre à 80 000. Les virages successifs de Toyo Motors en matière de choix technique ne sont sans doute pas pour rien dans cette production en montagnes russes. 1952-Toyo-trimoteur082.jpgEn 1952 apparaît le trimoteur ci-dessous propulsé par un 40 cm3 (36 en réalité !). Il se compose d'une caisse avec un essieu à deux roues (8'' ou 10'') tandis que la roue avant, directrice et motrice, est suspendue par une fourche à balanciers. Est-ce pour donner l'illusion d'un engin plus important qu'il n'est que de jeunes garçons l'occupent ? L'année suivante, 1953, le modèle transportant nos deux GI's gagne en cylindrée. Plus exactement en motorisation puisque le 90 cm3 plaqué contre la roue arrière est épaulé par un autre moteur de 55 cm3 placé horizontalement sous le pédalier, ce qui laisse supposer un1953-Toyo-2-moteurs083.jpg entraînement par galet sur le pneu... En l'absence de poulie-jante visible sur la roue arrière, il est probable qu'une chaîne transmettait le mouvement du moteur à la façon de notre VAP national. On remarque que l'éclairage est fourni par une magnéto type cycliste frottant sur le pneu arrière. La raison d'être de ce montage bi-moteur ne nous étant pas parvenue, on suppose (encore !) que le "petit moteur" était utilisé pour le seul déplacement du pilote et que le "gros moteur" permettait d'emporter un passager ou une lourde charge en ajoutant un sidecar ou une remorque (une autre idée ?). En utilisant une loupe, on distingue un bandage sur la main gauche de ce gentleman et on n'ose penser - sinon à voix basse - qu'il puisse s'agir des conséquences d'un essai de la machine qui aurait mal tourné... 

En 1954, Toyo semble s'assagir avec un 90 cm3 de 3,4 ch logé dans une partie-cycle classique (ci-dessous). La fourche avant est télescopique, mais... mais le moteur est

1954-Toyo-90-cm3084.jpgDénommé T9, le 90 cm3 est capable de 55 km/h, délivrant 3,5 ch selon la description de la "bible" citée plus avant. Il est probable qu'une turbine de refroidissemnt se dissimule sous son grand carter en tôle. À l'époque, le deux-roues japonais est d'abord un véhicule de transport individuel, d'où l'imposant porte-bagages destiné à d'éventuelles marchandises (de mémoire, je dirais que le transport d'un passager était même interdit).

… placé très haut dans le triangle du cadre et en position horizontale. Carrrramba ! Encore rrraté ! Surtout alors que la production japonaise concurrente évolue vers une certaine normalisation en matière de disposition des différents organes d'une moto : fourche télescopique avant, moteur au bas du cadre et aussi transmission finale par chaîne. Car, et il n'est pas inutile de le préciser, les Toyo Motors en sont toujours à la bonne vieille courroie.

INTERMÈDE GUERRIER SUR TROIS ROUES

Dans le Japon des années 50, l'automobile est extrêmement rare, aussi la solution du transport des marchandises volumineuses, surtout dans des villes encombrées, passe par le "tricycle". Dans ce domaine, Toyo Motors va encore se distinguer.Tri---Jap-soldats-8217B51F15ED4347BB2BA3C38C45E10F.jpg Depuis très longtemps, et dès avant la guerre, le Japon utilise des "tricycles", machines à trois roues que la France a connu de façon éphémère dans les années 30 sous le nom de "trimoteurs".

Quelque part sur une île du Pacifique, une patrouille japonaise circule dans un "tricycle" camouflé en puisant dans la végétation locale (chichon ?).

La version japonaise que construisaient de nombreuses marques est dotée d'un plutôt gros monocylindre à soupapes latérales (on a même parlé d'un 800 cm3 !) ou, plus rarement, d'un bicylindre en V. Abondamment présents dans l'armée et la marine, ces tris sont plus rustiques et plus économiques que l'automobile. Ils sont aussi plus sobres en carburant, détail de première importance pour un pays en guerre tributaire de l'étranger pour ses approvisionnements et qui a dû inventer des carburants de substitution. Comme en Allemagne avec les lourds sidecars BMW ou Zündapp, l'armée nippone avait trouvé dans ses tricycles le véhicule idéal, léger et capable de passer partout, au besoin avec les muscles de son équipage. Ce que démontre bien, mais a contrario...1943-Tri-JAP-Marines-SIGN2.jpg... cette photo d'une patrouille de Marines qui tentent de mettre en route un tricycle abandonné par l'armée japonaise en 1943. Et pour bien faire, ils poussent l'engin avec quoi ? Avec une Jeep, bien sûr ! Et qui a tout de même un peu de mal si l'on en juge par la fumée que dégage son radiateur

Tri-japonais-Marine.jpgDans un environnement plus calme, un autre soldat américain a maille à partir avec un tricycle pris à l'ennemi. Le moteur n'est malheureusement pas visible mais la structure générale montre les longerons d'un lourd châssis et l'essieu arrière. La transmission s'effectuait par arbre et différentiel. Sur d'autres tris on trouvait une chaîne. (Beaucoup de bonnes choses sur l'évolution des tris japonais de la guerre Mazda, Daihatsu et Kurogane sur http://2000gt.net/index.php

Jap-tri779.jpgAprès la guerre, les affaires reprennent et on assiste à un boom du tricycle produit par de multiples marques. Certains sont des modèles lourds parmi lesquels on trouve les "historiques" comme Mazda, Kurogane, Daihatsu. S'y ajoutent Mitsubishi, Aichi, Nippon ICE , Mitsui, Toyokogyo, Hope, Orient, Pony, etc. Le transport des personnes n'est pas oublié, par Dynastar notamment (ci-dessus, couverture d'une revue spécialisée de 1953) dont le moteur, sans doute de faible cylindrée, est logé dans l'aile gauche de la roue arrière qu'il entraîne par une chaîne. Le confort offert par le siège (un strapontin plutôt) est sommaire et la place restante semble promise plus spécialement aux bagages. Chez Toyo Motors on finira par se convertir à ce type de véhicule, non sans avoir fait une tentative loin de ces sentiers battus en rebattant les cartes. Pour commencer, on place les deux roues à l'avant et une roue motrice à l'arrière, une formule bien connue des Français puisqu'il s'agit d'une copie presque conforme de notre triporteur Peugeot national ! Toyomotor 1954 toyomotor tri765Au moteur près, la formule est fidèlement appliquée, jusque dans la selle suspendue par son bec. Seules améliorations, une suspension arrière coulissante que l'original Peugeot n'a jamais connue, de même que le sélecteur au pied, ici à double branche. La puissance de ce 125 cm3 est de 5,8 ch donc supérieure à celle de son modèle français (4 puis 4,8 ch). L'idée de cette machine était peut-être née dans l'Indochine envahie par le Japon et où le triporteur Peugeot était largement répandu. Là, au prix de quelques aménagements de confort (large banquette et capote protectrice), il servait au transport des personnes, remplaçant le traditionnel pousse-pousse à mécanique humaine.

TOYO MOTORS RENTRE DANS LE RANG ?

En 1955, le 90 Toyo Motors (T9) s'étoffe un peu et se rapproche d'une architecture presque conventionnelle avec son moteur toujours horizontal, mais installé au niveau du pédalier. La même année le TB 90 en est une version encore un peu plus "moto" avec son cadre double- berceau équipé d'une suspension coulissante arrière (ci-dessous).

Toyomotor-1955-Toyomotor764.jpgSon moteur deux-temps de 3,5 ch est enfermé dans un embryon de capotage et la position du carburateur, au niveau du carter-moteur pourrait révéler une admission par distributeur rotatif. Toyomotor 1957 Toyomotor horizCurieusement, une machine d'une marque différente au moteur très proche, mais en 125, sera engagée à la célèbre course du Mont Asama en 1957. Dépourvue du capotage, elle permet de distinguer un carburateur placé latéralement au cylindre. Elle est par ailleurs d'une géométrie largement modifiée, bien que conservant la coulissante arrière semblable à celle de la TB. L'objet ovale qui pend sous la jonction du réservoir avec la selle est un grippe-genou qui doit avoir son pendant du côté gauche de la machine. Les pieds posés sur les repose-pieds fixés au niveau du moyeu arrière, le pilote en position effacée pouvait ainsi maitriser sa machine avec les genoux.1956-Toyo-250-twin087.jpgAu milieu des années 50 apparaissent des 250 bicyclindres deux-temps chez plusieurs marques de pointe. Suzuki et... Toyo Motors sont les premiers à ouvrir la voie en 1956, une voie dans laquelle l'année suivante vont s'engouffrer les Yamaha, SJK, Pointer ou, DNB-Gasuden. L'histoire n'a retenu que le nom de Yamaha comme "imitateur" de l'Adler allemande, mais en réalité toutes ces marques ont "pompé" allégrement le twin teuton. Dans cet aréopage, Toyo Motors se signale par une partie-cycle à la pointe de la mode sinon à la pointe du progrès : suspension arrière à deux éléments séparés, de même qu'à l'avant où l'on trouve une oscillante type Earles surmontée de deux phares. Des moyeux-freins centraux ne gâchent pas le tableau qui peut faire figure de... testament !

C'est qu'entre 1952 et 1955, le nombre de constructeurs affiliés à l'Association des Constructeurs de Motorisés Légers est passé de 23 à 150 ! Nombre d'entre eux sont de simples assembleurs travaillant dans de petits ateliers mais cette multitude "assèche" le marché. Chez Toyo Motors comme chez les autres marques d'importance semblable, la production à 6 chiffres descend à 5 puis 4 chiffres : 5 000 machines en 1959 !

1958-Toyo-125-oscillante086.jpgToyo Motors est pourtant devenu très raisonnable en 1958 avec cette 125 FHA de 6,5 ch pourvue d'un cadre pour partie en tôle emboutie. Petite fantaise tout de même dans le phare capoté "à la Triumph", alors que la fourche, le carbu protégé, la selle confortable sont dans la norme. Cependant ça ne sera pas suffisant pour résister à la vague de faillites en série qui va balayer le secteur motocycliste japonais et n'épargnera au final que les 4 Grands bien connus.

shadoks48.jpg

En inscrivant votre e-mail dans la case "newsletter" en bas de colonne à droite de cette page vous serez prévenu par e-mail dès qu'un nouvel article sera mis en ligne : c'est entièrement GRATUIT !

Partager cet article

Repost 0
Published by zhumoriste
commenter cet article

commentaires

Marco Quideau 22/11/2016 14:12

Bonjour. Juste pour info, la photo représentant le tri avec une roue de secours sur le côté doit être un Kurogane, un servi-car Sanrinsha, basé sous un WLA HD.

YANN 28/11/2013 11:52

C'est vraiment un article super que je relis avec plaisir !

zhumoriste 15/12/2013 19:57



Lire et relire, c'est toujours un plaisir comme a dit ... qui ?



yann & krystine 08/10/2013 00:17

super article comme d'habitude !

zhumoriste 10/10/2013 18:18



C'est trop, c'est trop de fleurs ! Mais comme vous avez raison !!!



Présentation

  • : Z'humeurs & Rumeurs
  •      Z'humeurs & Rumeurs
  • : La moto et ses (larges) à-côtés
  • Contact

N'oubliez pas que...

... en inscrivant votre e-mail dans la case ci-dessous, vous serez prévenu instantanément par un message dans votre boîte de la parution d'un nouvel article. 

Recherche

Archives

Pages

Liens