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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 14:19

1947 motorvue145

En 1922, l'Association Amicale des Anciens Motocycliste Militaires (AAAMM) a l'idée d'organiser une course motocycliste d'une durée de 24 heures, ce qui n'avait jamais existé auparavant (les 24 H. du Mans naissent l'année suivante et le seul Bol d'Or qui existe est cycliste). Le 27 mai 1922, Eugène Mauve libère plusieurs dizaines de motocyclistes, sidecaristes et cyclecaristes sur un circuit tracé entre Vaujours et Clichy-sous-Bois, aux portes de Paris. 24 heures plus tard, Mauve a gagné son pari, la légende du Bol d'or est née !  

(Afin de ne pas trop déboussoler les jeunes couches qui nous lisent, cet historique de poche commence par les années d'après-guerre, en un temps où les machines ressemblaient encore d'assez près à celles que les dites jeunes couches ont pu connaître...).

Interrompu par la guerre, le Bol d'or renaît en 1947 après bien des vicissitudes. Montlhéry, où se sont disputés les derniers Bol d'avant-guerre étant indisponible en raison de travaux de restaurations-réparations, c'est un circuit au Bois de Boulogne qui est alors étudié. En accord avec les pouvoirs publics, il empruntera les routes qui entourent l'hippodrome de Longchamp. La date est retenue, ce sera pendant les fêtes de la Pentecôte, du 24 au 26 mai. Nouveau changement, ce sera les 30 et 31 juillet. Eugène Mauve, le père du Bol se démène pour garder "son" circuit au Bois, mais à mi-juillet on apprendra que le Bol aura lieu sur le Circuit des Loges, dans la forêt de Saint-Germain, les 13, 14 et 15 septembre.     

1947-Lefevre-2140.jpg

Remarqué pour "ses virages tangents" (!) à la fin des années 30 par Moto Revue, le jeune Gustave Lefèvre a vite appris. Au point qu'il accroche une première victoire absolue dans ce Bol de la Paix où il a tout de même subi deux crevaisons et a dû changer de réservoir "crevé par des cailloux" (... ou les vibrations du gros mono ?). Bien servi par sa 500 Norton ACT, il a dû compter avec quelques furieux de l'époque comme Jean Behra, Georges Houel et André Lhéritier, des habitués de la vitesse sur circuit ou encore Paul Ladevèze qui ne s'est pas encore spécialisé dans le moto-cross. Behra et Lhéritier en particulier sont très concernés, car ces 24 heures doivent décider de l'attribution du titre de Champion de France et jusqu'à ce Bol, ils sont à quelques points l'un de l'autre. Victime d'ennuis sans nom avec sa Guzzi 500 Condor ACT (rupture d'un basculeur qu'il faudra souder !), Behra sera aussi impliqué dans un accrochage avec Georges Houel, puis sa Guzzi brise une soupape et on doit changer culasse, cylindre et piston pendant que Lhéritier vole vers le titre. Il mène sa Velocette KTT (sa 350 de circuit) à la deuxième place du classement général qui lui apporte la consécration, après une ultime bagarre contre Ladevèze et sa 500 Ariel Red Hunter... culbutée qui tint parfois la tête du classement et termine à une dizaine de tours seulement derrière lui. 

1947-Garreau-Pub155.jpg

Malgrè la belle victoire de Lefèvre son pilote et gendre, Clément Garreau ne peut compter pour autant vendre plus de Norton pour la bonne raison qu'il est impossible de les importer dans une France dont le gouvernement est alors très près de ses sous. Cependant, il y a bien des Norton dans son magasin, mais ce sont des 500 latérales achetées aux surplus militaires (pratiquement, il a raflé tout le stock disponible). Ces 16 H sont reconditionnées par ses soins, civilisées en retrouvant leur peinture d'origine, noire avec panneaux argent sur le réservoir. Il va les proposer en deux versions : 'Tourisme' et 'Bol d'or', ce dernier titre faisant référence à la course de Lauer qui a couvert 1523 km au guidon de l'une de ces 16 H, ce qui lui vaut la 11 ème place de sa catégorie et la 23 ème au général. Mais il était difficle d'en demander plus à cette brave latérales, même si les bons soins de Garreau ont pu vitaminer sa douzaine de chevaux d'origine. Par la suite, ces 16 H deviendront des "Second Hand", le terme anglais utilisé pour "occasion", ce qui fait évidemment beaucoup moins chic en français...  

1947-norton-16164.jpg

Cadre rigide sur la 16 H de Lauer, avec pour tout confort une fourche à parallélogramme et un volumineux coussin en Dunlopillo alvéolé. Rappelons que les pilotes étaient alors seuls en selle durant toute la course... Il en sera ainsi jusqu'en 1953.

1947 Ariel ladevèze157

C'est avec une Ariel 500 Red Hunter de ce modèle que Ladevèze a lutté contre la Guzzi (ACT) de Behra et la Velocette (ACT) de Lhéritier. Tout au long des ces 24 heures, l'athlétique "agent toutes marques" a souffert de furoncles, suite à un accident quelques semaines auparavant dont il s'était tiré avec un tassement des vertèbres. Le Bol comme convalescence, on doit trouver mieux !

1947 Maucourant142

Maucourant sur 125 Maucourant a été le seul à battre un record parmi toutes les catégories du Bol. À 69 de moyenne, il bat le record des 125 établi en 1938 par... lui-même sur le circuit de Montlhéry avec une M.R. (Mandille & Roux) à moteur Sachs. À noter que cette Maucourant est l'une des rares motos qui ne datent pas de l'avant-guerre. Il en est de même de l'Ariel de Ladevèze, la Norton de Houel, l'AMC 125 de Mathieu ou de  Lerouge et peut-être quelques autres inconnues car la presse ne donnait pas les marques des machines des catégories "Amateurs", seulement celles des "Professionnels".

1947-ydral-maucourant-2160.jpg

En 125, Maucourant a gagné, dépassant même le kilométrage du premier des 175. Sa machine était 100 % française, motorisée par un moteur Lardy qui va bientôt devenir le plus célèbre Ydral. Ce deux-temps double échappement était conçu en bloc-moteur avec 4 vitesses commandées par sélecteur. 

1947-Sceaux-side161.jpg

Premier en sides 1000, Roger Sceaux fait partie avec Murit, Drion, Hofstetter et quelques autres d'un groupe de sidecaristes qui écument tous les circuits nationaux, allant porter la bonne parole jusqu'en Algérie et au Maroc en passant par l'Espagne. Beaucoup d'entre eux sont aussi des motoristes (Sceaux = Transact" Motos) qui s'employent à extraire les ultimes centièmes de chevaux des flat-twins teutons abandonnés par l'ex-ennemi héréditaire. La BMW type Russie est parmi leurs préférées, débarrassée comme ici, de ce qui fait son charme aujourd'hui : sa transmission à la roue du side. Inutile de préciser que son frein avant n'est pas d'origine. L'Histoire n'a malheureusement pas retenu le nom de son passager... Remarquez que je n'ai pas dit "singe" car il semble que celà chagrine les sin... ceux d'aujourd'hui (le politiquement correct finira par nous faire la peau !). Sans être franchement claire, une phrase dans Moto Revue indiquerait que les sidecaristes pouvaient avoir plusieurs passagers successifs. Ainsi, au cours de ces 24 heures, Sceaux en aurait "usé" quatre : Emo (on le trouvera souvent en équipe avec Murit), Lapeyronie, Cousin et Besouquet (Toute précision bienvenue). Dans cette catégorie des sides 1000 était engagée une Brough-Superior sur laquelle on aurait aimé en savoir plus. Pilotée par Lasnier, elle abattit sa dizaine de tours dans l'heure (circuit de 4,180 km...), mais avec des hoquets mécaniques nombreux qui l'empêchèrent d'être classée. À la 23 ème heure, avant d'abandonner, elle totalisait 179 tours lorsque Sceaux en avait parcouru 321...   

1947 ardie 125165

Cette 125 est encore une machine allemande, une Ardie bien reconnaissable à ses deux échappements dirigés vers l'arrière. Betbeze l'a menée à la troisième place de la catégorie dominée par Maucourant.

1947 Bol Theveney134

Très prisée, la production allemande fournit le vainqueur des 250, Thévenet sur une DKW préparée par Mendel, un ancien du Bol des années 30. Thévenet passera ensuite avec un certain succès au moto-cross avec une Matchless ou AJS. 1947 Houel143

Toujours élégant en chaussures basses de ville et bas écossais, Georges Houel, notre "Douglas Fairbanks Motocycliste", pilotait une Norton Manx plus moderne que celle du vainqueur pourtant bien placé auprès de l'importateur. Elle était peut-être arrivée en France par une filière dont Houel a révélé les secrets par ailleurs : on passait en Angleterre au guidon d'une 500 Norton (disons, une 16 H latérales), déclarée comme étant une 500 Norton. Ensuite, on rentrait en France par des postes de douanes différents en déclarant toujours une 500 Norton qui pouvait être, tiens, au hasard, une Manx ACT. Dans les deux cas il s'agissait toujours d'une Norton. Encore ne fallait-il pas tomber sur un douanier spectateur assidu du Tourist Trophy ! Cependant la combine, qui se pratiquait aussi à la frontière italienne, finit par être trop connue, y compris par les autorités concernées.

1947-rossignol-pub156.jpg

Point de "combinazione" pour Rossignol, commerçant bien établi et qui ne proposait pas ses machines "dans un sac". Il avait pu enchérir sur quelques Matchless "ex-WD" (War Department) qu'il débarrassait de leur peu séduisante peinture d'origine (ci-dessous, photo : archives.jampot.dk/pictures) pour les remettre dans le circuit normal. Premier au Bol dans sa cylindrée, il est surtout 8 ème au général. Son savoir-faire le mènera à des réalisations intéressantes, entre autres un frein avant cônique en alliage adaptable sur toute machine et un 4 cylindres transversal à ACT destiné à la catégorie Racers 500, mais qui aurait tout aussi bien pu prendre place dans une partie-cycle de moto.   

1947-1941_Matchless_G3l_WD.jpg

En 1937, Matchless fit venir d'Allemagne 'pour étude' un jeu de fourches télescopiques BMW. C'est ainsi qu'à la déclaration de la guerre, cette marque anglaise fut la seule à pouvoir proposer aux Armées une machine équipée d'une télescopique alors que les autres constructeurs en étaient encore à plancher sur la question. Après la Libération, la Matchless fera le bonheur de nombreux crossmen français, justement à cause de sa fourche réputée indestructible. Et pour cause : elle avait su résister aux militaires...

1947-Lefevre---Mauve.jpg

Le visage réjoui de Clément Garreau (à droite) dans les rayons d'un soleil rasant, dit tout sur le moment de cette photo : après la victoire ! Tout le monde fait risette au photographe situé à gauche. Lauer (lunettes autour du cou) est aussi à l'honneur au côté de Lefèvre que Mauve tient par le bras. C'est encore un pilote Norton qui est à l'extrême-gauche, mais il n'est pas identifié (Robbes ? Verrechia ? Gambi ?). 

1947 Circuit St Germain166

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Published by zhumoriste
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commentaires

Patrice COUSIN 24/11/2015 10:54

Troublant votre commentaire sur Sceaux et ses "singes".
Mon père a participé au bol avec la Cemec, mais là cela ne peut être lui,
en 47, il a 8 ans.
Amicalement
Patrice

poltz hans 23/02/2013 12:00

le pilote inconnu est bien robbes:j ai travaille avec lui chez clement garreau et gustave lefevre etait mon oncle !ont habitaient suresnes.

zhumoriste 24/02/2013 16:02



Un nouveau point d'histoire est établi ! Merci d'avoir fait appel à vos souvenirs.



guignol 04/05/2012 01:40

J'évoque André Cousin, porteur aux NMPP et passager de R Sceaux (R75) au XX Bol d'Or à St Germain. en 1947. Brut, Je n'ai pas recoupé l'événement.
Disparu et dcd début mai 1948. Serait-il encore au Père Lachaise ?
Dans mes cahiers mais je n'ai plus mémoire de la source de cette histoire.
Pierre Toupet des Lilas serait donc un des suivants !

zhumoriste 11/05/2012 17:47



Je ne sais rien de plus et la anciens de la Copérative des porteurs des NMPP ne doivent plus être très nombreux, hélas !



guignol 01/05/2012 21:58

Bonjour,
Le personnage qui parle avec Michel Rougerie, sauf erreur, c'est son père.
Pierre TOUPET fut aussi passager de Roger Sceaux jusqu'en 1952, il ne s'en est pas remis !
Quant à Cousin, y a t'il un rapport avec le porteur de journaux qui habitait à 75020 et qui s'est noyé lors d'une partie de pêche sur la côte Normande ?

zhumoriste 03/05/2012 15:43



Merci de la précision à propos du père de Michel Rougerie, elle sera portée au texte. Je n'ai pas d'information particulière concernant Cousin car, malheureusement, le nom du passager ne figure
presque jamais dans les programmes de courses, revues ou journaux. Sauf s'il s'agit d'une femme... Inge Stoll... Mme Lambert... Dane Rowe.


Dans Moto Revue, il y a eu une info sur le porteur noyé en Normandie et dont on n'a retrouvé que le dinghy (genre de bouée de survie jaune) qu'on voyait partout chez les vendeurs de surplus aux
Puces de Clignancourt dans les années fin 40. J'en aurait tant voulu un... L'info sur l'accident était le fait de la Coopérative des porteurs des NMPP si je me souviens bien. 



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