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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 13:43

FN-groupe219.jpgL'armée belge fut le première à former des compagnies motocyclistes qui furent équipées tout naturellement de F.N. (Fabrique Nationale). On aperçoit ici (de gauche à droite) l'avant d'une 4 cylindres puis deux monocylindres et une autre 4 cylindres.

1914-FN-militaires-copie-1.jpgAutre image de cette section motocycliste belge. Sur la 4 cylindres du premier plan, on remarque un pneu de rechange attaché en travers du guidon. Identique par ses dimensions à celle des automobiles, la plaque d'immatriculation belge est de bonne taille et s'exhibe sur le côté de la machine (en amorce à gauche) ou sur la fourche avant comme sur la 4 cylindres tout à droite.

*

De nombreux récits, décrivant une certaine réalité des combats seront publiés après la fin du conflit. Durant celui-ci une abondante littérature guerrière se développa au bénéfice de ceux de l’arrière dont il fallait « soutenir le moral » comme disait avec une ironie amère les hommes qui avaient connu le front.

Estafette-surprise212.jpgLe décor est renouvelé, mais la scène reste toujours la même avec, cette fois, une moto caractérisée par sa fourche avant (ressort à lames) et un guidon torturé : on aura reconnu une Indian.

Il en résulta une imagerie aussi exaltante que boursouflée dont de nombreux organes de presse se firent l’écho. En première ligne (!) se trouve Lectures pour tous. Dans un numéro de juin 1915 cet hebdomadaire populaire à grand tirage publia un long article sur les formations cyclistes de l’armée française. Quelques rares paragraphes y étaient cependant consacrés aux motocyclistes dont l'un sous le titre :

UNE BOULETTE QUI NE PASSE PAS

« Le cycliste est né malin. La malchance peut le faire tomber aux mains de l’ennemi, soit, mais on ne lui arrachera pas son secret. Passons plutôt la parole au coureur Stella, motocycliste de son régiment, qui fut en septembre ramassé par les Allemands sur le champ de bataille et transporté dans une de leurs ambulances, dont nos troupes s’emparèrent après la victoire de la Marne.

Dans-la-rafale.jpgLe thème semble inépuisable et, traité de façon sommaire, il envahit même les vignettes publicitaires comme celle-ci de la Collection Phoscao.

Estafette autrichienne C PostaleDe l'autre côté du Rhin, l'iconographie populaire se sert des mêmes situations qu'en France : "L'estafette sur sa monture d'acier" échappe à l'ennemi motocycliste. Avec son ressort de fourche central, la machine pourrait être une NSU. 

« Au ton du capitaine, écrit-il au Petit Courrier d’Angers, j’avais compris que le pli était sérieux. La route était belle, et je filais au moins à 60 à l’heure, quand tout à coup un trou, qui tenait presque tout le chemin m’oblige à ralentir et à passer à gauche. Ces animaux-là l’avaient creusé exprès ; une pluie de balles siffla autour de moi. Je mis aussitôt de l’avance à l’allumage, mais j’étais à peine sorti d’affaire qu’une mitrailleuse tirait sur moi. Atteint aux jambes et aux mains, je tombai, tandis que ma pauvre moto, restée près du fossé, accrochée à un arbre, se mettait à flamber. Je pus, en rampant, m’éloigner de 400 mètres. J’espérais pouvoir, sans être vu, traverser un champ de blé. Je ne rencontrais que des cadavres allemands.

« Il y avait eu un véritable carnage à cet endroit. En me penchant, je tombai sur un genou. J’essayai de me relever. Ce fut pour mieux retomber. Impossible de me tenir debout. J’étais là, impuissant, désespéré. Je pensais à mon pli, à mon capitaine si confiant ! Nul vivant près de moi pour continuer ma tâche ! Je sortis alors mon mouchoir dans lequel était cachée la note; je voulus la lire mais la nuit était trop intense : impossible de rien déchiffrer.

« Au même moment, j’entendis du bruit. Une troupe venait vers moi. Des Français, espérais-je. Désillusion ! A la voix d’un commandement, je reconnus des Allemands. Je me jugeai perdu. Je mis mon pauvre billet dans ma bouche et le mâchai avec rage pour l’avaler. Les Allemands étaient à dix mètres de moi. La note ne formait pourtant qu’une toute petite boule, mais qui s’obstinait à ne pas descendre. Je râlais. J’allais être pris et livrer mon secret. Simulant alors un dernier soubresaut d’agonie, je me dressai soudain et me laissai tomber à la renverse. Inspiration providentielle ! Le choc fit passer la boulette. Le pli était sauvé ! ».

Lourdement enjolivé, ce récit pouvait paraître vraisemblable mais les pages de Lectures pour tous sont trop riches d’autres faits aussi glorieux qu’incroyables.

Ainsi de ces chasseurs cyclistes qui, dans la forêt d’Apremont, en Argonne, «... se précipitaient sur l’ennemi ! Le guidon d’une main, la baïonnette de l’autre, ils chargeaient ! Ils chargeaient à bicyclette, comme des fous ! ». L’article était titré : « Comment ils pédalent sous la mitraille »...

Peugeot-a-Thann.jpgUne Peugeot bicylindre à soupapes automatiques au milieu des ruines de Thann. Cette ville connut de violents combats dès les débuts de la guerre lorsque les troupes françaises pénétrèrent dans cette Alsace alors allemande depuis 1870.

1917 : LES AMÉRICAINS ARRIVENT !

USA-Capture-embarquement-troupes.jpgDans un port des États-Unis non identifié, des fantassins yankee s'apprêtent à embarquer pour la France. Photo de l'U.S. Signal Corps jamais publiée en son temps car des espions auraient pu en tirer des informations sur les bateaux visibles à l'arrière-plan.

USA-Harley-officier-copy.jpgSelon les instructions de John U. Constant (voir texte ci-dessous), la marque de la moto sur le réservoir a été effacée. On aura reconnu sans peine la 1000 Harley-Davidson semi-culbutée.

Entrée en guerre à l’automne 1917, l’Amérique débarque avec tout un matériel. Elle l’installe dans d’immenses camps dont un des plus importants est situé aux environs de Saint-Nazaire, port accessible et à l’abri des coups de l’ennemi. D’après des renseignements qui se recoupent, les motos américaines seront le plus souvent utilisées par les seuls Américains. Sur cet emploi il nous reste le jugement d’un responsable digne de foi, John U. Constant.

Il rédigea un rapport publié par la presse d’outre-Atlantique où figurent quelques chiffres intéressants, sinon significatifs. C’est aussi une peinture colorée et sans complaisance des énormes cafouillages qui paraissent affliger toutes les armées du monde...

USA-Harley-au-Mans-pont-en-X.jpgAu Mans, devant le pont en X, deux boys présentent fièrement leurs Harley-Davidson parfaitement équipées avec éclairage et sacoches cuir. 

« Je ne crois pas, déclare John Constant, qu’il y ait mieux informés que le major Noyes et moi, qui débutâmes en 1917 et eûmes la responsabilité de tout le service motocycliste jusqu’à l’arrivée du colonel Hagerman au printemps 1918. En septembre 1917, il y avait environ 400 motos relevant de l’armée américaine, soit 13 Harley-Davidson (dont une hors de service), une Excelsior, 18 Triumph anglaises et le restant d’Indian toutes très difficiles à maintenir en ordre de marche par suite du manque de pièces de rechange qui, jusqu’à l’arrivée du grand parc de réparations, étaient renfermées dans un placard de mon bureau... (sic). La principale difficulté était de maintenir un nombre suffisant d’estafettes au G.Q.G. Pour comble de malheur et par la faute du service du ravitaillement, le premier lot de rechanges arrivé se composait exclusivement de pièces Harley, alors que cette marque n’avait que peu de machines en service aux armées.

USA-cuisine-1917224.jpgSur cette carte postale très connue, outre l'attelage Indian, on remarque dans le texte la mention "Guerre 1914-1917". Nul doute pour le photographe que la fin de la guerre était proche avec l'arrivée des Américains.

« Comme nous avions 80 % d’Indian, il fallut adapter les rechanges Harley-Davidson aux Indian endommagées et ce n’est qu’en avril 1918 que nous pûmes enfin recevoir des rechanges de cette marque. Quand vinrent les grandes offensives de 1918, les unités arrivant d’Amérique amenèrent leurs motos et le pourcentage d’Harley au corps expéditionnaire ne tarda pas à s’élever.

USA-HD-side---camion-SHORPY.jpgDepuis le camion de transport lourd (FWD = marque ou Front Wheels Drive : Traction avant ?), jusqu'à la camionnette plus légère à l'arrière-plan en passant par le sidecar Indian, les États-Unis ont débarqué avec armes et bagages ! (Photo censurée de l'U.S. Signal Corps)

« À ce moment, j’étais adjoint au commandant de parc chargé de la réparation de toutes les motos dans la zone avancée et je pus constater que les machines arrivant d’Amérique avaient pas mal servi là-bas et ne pouvaient rendre que 65 à 75 % de leur rendement normal, ce qui revient à dire qu’au bout de peu de temps elles étaient hors de service. Je dirai quelques mots également du parc de réserve du matériel motocycliste de Langres que dirigeait le lieutenant Rosamond et où, par wagons entiers, arrivaient Indian et Harley-Davidson en si piteux état qu’on ne voit pas la raison qui ait pu motiver leur transport en Europe sauf peut-être pour lester les bateaux (sic).

« Je suis connu comme un vieil agent d’Indian, mais je puis affirmer qu’à l’A.E.F. (Ndlr : American Expeditionary Forces) la marque des motos ne comptait pas pour moi, au point qu’en octobre 1917 je câblai en Amérique pour faire disparaître le nom de la marque sur les réservoirs afin d’éviter toutes discussions des qualités respectives de divers types en usage à l’A.E.F. Car en somme Indian et Harley-Davidson peuvent être également fiers d’avoir aidé à gagner la Grande guerre.

« D’autre part, il est avéré que ni l’une ni l’autre de ces machines n’était le type rêvé pour la moto militaire... mais si dans certains cas on n’a pu les utiliser, il faut se rappeler, comme je l’ai dit plus haut, qu’il s’agit d’exception et non de la généralité. Peu soucieux d’engager une discussion technique avec les ingénieurs de ces deux firmes, je ne dirai rien des défauts pour la guerre de ces machines dont s’aperçoit rapidement tout motocycliste à la page. Quoi qu’il en soit, un fait domine tous les autres : c’est que la moto a rendu d’inappréciables services à l’armée américaine et a largement contribué à la défaite allemande. La meilleure preuve en est qu’à mon arrivée en France les forces combattantes disposaient de 102 motos par division et que ce chiffre n’a pas tardé à monter à 350. La prochaine grande guerre, si jamais elle vient, verra la moto plus employée que jamais. C’est là un aperçu de l’effort fourni et des services rendus par la motocyclette dont l’emploi fut également généralisé dans l’armée française.

                   John U. Constant ».

Partie intéressée dans le débat (il ne cache pas qu’il est lui-même dans le civil un agent d’Indian), John U. Constant prenait ses désirs pour la réalité. On aurait pu lui rétorquer que si la dotation en motocyclettes des divisions était passée du simple au triple, c’était peut-être aussi pour absorber la production des constructeurs américains. Chez Indian, tout particulièrement où, les commandes militaires seront un providentiel ballon d’oxygène dans une situation financière en train de se dégrader... 

Merkel-copy.jpgQui saura jamais comment cette Flying Merkel américaine s'est retrouvée entre les mains d'un heureux militaire français ? Heureux il peut l'être avec une moto exceptionnelle dans la production étasunienne et même mondiale ! Jugez plutôt : moteur bicylindre en V de 1000 cm3 à distribution semi-culbutée ; changement de vitesses à deux rapports dans le moyeu arrière, embrayage par levier à main gauche le long du réservoir - technique américaine - ; transmission primaire par chaîne sous carter, chaîne finale. La partie-cycle est à la hauteur de la mécanique : suspension arrière "monoshock" oscillante à ressort unique sous la selle ; fourche avant suspendue dont les deux tubes offrent un court débattement en coulissant sous le T supérieur. Il exista même un modèle avec démarreur constitué par plusieurs ressorts en spirale qui étaient bandés lorsque la machine roulait. Un système vite abandonné car jugé peu fiable par les utilisateurs. Créée en 1902 par Joseph "Joe" Merkel, la marque devint Merkel Light puis Flying Merkel. Elle disparut en 1917 après avoir, tout au long de son existence, inscrit son nom au palmarès des plus grandes compétitions d'Outre-Atlantique.

LE BILAN

Des deux côtés de l’Atlantique, les recherches sur le véhicule militaire à deux roues allaient reprendre de plus belle. Les « experts » français continuèrent à prédire le plus brillant avenir à la moto militaire en des termes où le lyrisme l’emporte sur le réalisme. Pour preuve cet extrait de « L’Armée Française » daté de 1935 (J. de Gigord, Editeur) : « Au volant de leurs autos-mitrailleuses, bondissant avec leurs motocyclettes sur les chemins cahoteux, nos cavaliers modernes auront, comme leurs devanciers, à faire preuve de ces qualités d’initiative, de débrouillage, de cran, qui ont toujours été l’apanage de la cavalerie française… La conduite d’engins qui peuvent « galoper » à 50 à l’heure exige autant d’audace et un esprit de décision encore plus aiguisé. Le culte des traditions, le maintien de l’esprit cavalier, toujours en honneur, restent les meilleurs garants de la valeur de notre cavalerie ».

Triumph-2-copains-copy-BIS.jpgDans la cavalerie militaire, chaque cheval a son nom et l'usage a gagné la moto. Ainsi de cette Triumph H baptisée "Margot".

Penser cheval  avant de penser mécanique était l’attitude d’esprit qui prévalait jusque dans les plus hautes sphères militaires de notre pays. 

On se souviendra que c’est au bout de six ans « d’études » que le ministre de la Guerre avait finalement autorisé, le 28 janvier 1901, la formation de la première compagnie cycliste (cantonnée au 132e de Ligne, à Reims), sur une idée du capitaine Gérard. Compagnie qui fut immédiatement présentée comme "la cavalerie d’acier"...

Il ne faudra donc pas s’étonner de voir, dans les années 30, les recrues apprendre à piloter une moto selon les règles du manège hippique : fixée au bout d’un bâti de fer remplaçant la longe, la René Gillet de service a simplement pris la place du cheval. L’apprenti motocycliste tourne en rond, comme le cavalier avant lui, toujours sous l’oeil du capitaine-instructeur, toujours éperons aux bottes et toujours cravache sous le bras !

Saumur-dessin-humo.jpg20 ans après, l'incorrigible cavalerie... motorisée ! (Carte postale des années 30)

Repos-du-guerrier-copy.jpgLorsqu'on est à l'arrière, la motocyclette a aussi quelques petits avantages. On peut jouer de son prestige auprès des personnes "du beau sexe", même si l'on ne dispose que d'une paisible Peugeot Paris-Nice bicylindre.

Triumph-armistice-Versailles.jpgLe 28 juin 1919, la paix est signée au château de Versailles. Les motos sont encore de service ! (au premier plan, une Triumph).

Gus-Bofa-img6991.jpg

"Plus jamais la guerre !" fut le cri des organisations pacifistes de tous bords au lendemain de la boucherie qui avait fait au total 18 millions et demi de morts et plus de 21 millions de blessés. Marqués à vie, de nombreux écrivains et artistes témoigneront de ce qu'ils avaient vécu dans les tranchées. L'un d'eux est Gus Bofa (Gustave Blanchot) qui, blessé au front, combattra inlassablement le "bourrage de crâne" officiel (dessin de 1917).  

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Published by zhumoriste
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commentaires

Christian Guislain 18/02/2014 14:02

C'est bien Four Wheel Drive : http://en.wikipedia.org/wiki/Four_Wheel_Drive

zhumoriste 26/02/2014 11:39



Si c'est le Prof qui le dit, c'est que c'est vrai !



YANN & KRYSTINE 13/02/2014 15:54

Superbe articles sur cette grande guerre ! Je l'ai lu comme un livre et si richement illustré ! Merci

zhumoriste 27/02/2014 11:59



Gardez encore un peu d'enthousiasme (si l'on peut dire, à propos de cette tragédie), car il y en a encore "sous le coude" !



scalet 13/02/2014 15:18

FWD: c'est "Four Wheel Drive" 4 roues motrices. La camionnette au fond ce doit être une Ford T.
Toujours bien plaisant ton blog.
Salut Jean

zhumoriste 26/02/2014 11:47



J'ai dû être perturbé par mon expérience avec les GMC de l'armée française sur lesquels il nous était interdit de passer en crabotage avant, si bien que pour moi, inconsciemment, c'est quelque
chose qui n'existait pas. D'ailleurs, lors de patrouilles par temps pluvieux, c'est un P45 qui allait les dépanner lorsqu'ils étaient embourbés. Il faut savoir que ces camions, avant de nous
arriver, avaient dû faire le débarquement en Afrique du Nord puis les campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne avant l'Indochine...



Arvella 13/02/2014 11:22

Bonjour,
PA-SSIO-NNANT ... je constitue le petit fascicule qui va accompagner le livre "La Motocyclette en France 1914 - 1921"
M'zi
Arvella' hop

zhumoriste 03/03/2014 17:50



Petit fascicule... pourquoi petit ?



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