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Le Café Racer à la française

DANS UN RAZ DE MARÉE d'allemandes, d'italiennes, d'anglaises, de bitzas apatrides et d'américaines, le Café Racer Festival édition 2018 ne laissait pas trop de place à des productions françaises. Celles-ci étaient présentes, néanmoins. Rares, mais de qualité quoique bien éloignées des critères retenus pour ces journées de (Linas...) Montlhéry. Le thème en est tout entier contenu dans le titre de cette organisation de Café Racer, le magazine.

Nougier est un nom qui a porté longtemps le "grand espoir blanc" (*) de la compétition française au plus haut niveau. Avec une 4 cylindres sortie de son atelier et sans aucune aide de constructeurs nationaux, autre que celle du fondeur Pierre Collignon, il eut l'ambition de contrer les Gilera 4, Guzzi et Norton d'usine qui trustaient alors les victoires en Grand Prix et titres mondiaux.  

(*) En 1910, le titre mondial de la boxe poids lourds était détenu par Jack Johnson dont le seul tort était d'être de race noire. Insupportable pour une Amérique blanche et raciste qui mit tous ses espoirs de reconquête du titre en Jim Jeffries, boxeur blanc que Johnson envoya au tapis en 15 rounds. Le "grand espoir blanc" n'allait pas disparaître pour autant... tandis que, condamné pour avoir épousé une blanche, Johnson dut s'exiler au Canada puis en France avant de revenir purger sa peine. Donald Trump l'a gracié en mai 2018...

Posé dans la nature comme un vaisseau venu de l'espace, le 1924.

À la porte du bâtiment baptisé "Le1924" - année de création de l'autodrome de (Linas) Montlhéry - les visiteurs étaient accueillis par deux belles machines françaises, un attelage 750 Gnome-Rhône/Bernardet et cette 250 Nougier de noble facture. Leur présence, annonciatrice du reste de l'exposition dans l'enceinte du pavillon - sur le thème des motos s'étant illustrées sur l'autodrome - avait de quoi surprendre le néophyte ignorant l'histoire de la moto française. Si les records de longues, très longues durée (50 000 kms !), établis par les Gnome ont marqué les esprits, il le doivent surtout à leurs équipages... militaires. Ces exploits furent largement commentés et glorifiés en 1937 et surtout 1939 lorsque des bruits de bottes (pas toutes motocyclistes...) se faisaient entendre à l'est de notre pays.

La présence de la 250 Nougier s'explique par les 4 records du monde de vitesse en 125 cm3, battus à Montlhéry par Henri, frère de Jean, en 1938. Sa machine était construite sur une base de Terrot LCP 175 ramenée à 125 et dotée d'une culasse double arbre au lieu des soupapes à culbuteurs d'origine.

Moyennant finances, Jean Nougier avait obtenu, pour sa 175 de 1938, que Terrot lui fournisse quelques pièces d'usine dont des carters en magnésium, cylindres et culasses brut de fonderie. Bien qu'agent de la marque, ses relations avec les dirigeants dijonnais n'avaient rien d'excessivement chaleureux. On compte sur les doigts d'une main les grandes marques qui, à l'époque, montrèrent un soupçon d'intérêt pour la compétition. Soudain, divine surprise ! Terrot demande aux Nougier de construire durant l'hiver 1953/54 une 250 qui devra le plus possible ressembler à la 250 OSSD du catalogue de Dijon. Ce sera celle que vous voyez ci-dessus en action. Le cadre est celui de la Côte de la Gineste, redoutable grimpette qui domine Marseille. Le pilote est Henri Schaad, l'année 1958.

 Un simple coup d'œil montre que, mis à part la forme des carters, la création de Nougier (ici lors de la première réunion du Motocyclettiste à Dijon) n'a qu'un rapport très lointain avec la machine de série qu'elle est censée évoquer. Cette double-arbre (évidemment !) commandée par chaîne, n'a pas connu une longue carrière sportive. Aux mains de Henri Schaad, fidèle pilote et mécanicien de l'écurie Nougier, elle se fera les dents lors de courses de côtes régionales. Son plus beau résultat en circuit sera une deuxième place à Bourg-en-Bresse en 1956 où elle s'intercale entre deux redoutables SportMax NSU. Mais Terrot s'est désintéressé de l'aventure depuis longtemps...

 Déjà primé lors du prestigieux concours de la Villa d'Este, l'ensemble Gnome Rhône X-Bernardet Aviation de Jean-Claude Conchard tire l'œil par son élégance et ses couleurs. On peine à l'imaginer (en solo) sur l'anneau de Montlhéry, tournant durant 19 jours sans répit pour la plus grande gloire de Yacco (les huiles), Gnome (of course) et... l'armée française.

S'il faut en croire la légende qui accompagne cette photo, il s'agit de "Naas en pleine vitesse". Mais l'arrière-plan est bien celui des tribunes de Montlhéry.

Yacco (d'après la dernière syllabe du nom de son directeur Jean DintILHAC) est déjà célèbre depuis les années 20 grâce aux records automobiles des Voisin et Citroen. Le choix de Gnome Rhône, par ailleurs fournisseur de moteurs d'avion à plusieurs constructeurs français et étrangers allait de soi, d'autant que ces avions fonctionnaient à l'huile Yacco devenue "L'huile des records du monde". 

On ne sait pas qui prépara les Gnome, mais la présence de Henri Naas dans l'équipe des pilotes donne peut-être un indice. Naas avait à son palmarès une batterie de médailles d'or glanées dans les Paris-Nice et autres Tours de France, des épreuves au long cours qui vous apprennent que le confort fessier est aussi important que les performances d'un moteur. ‡

La préparation de celui-ci n'était pas improvisée, et ces protections des cylindres furent sans doute bienvenues lors des violents orages qui présidèrent aux records de 1939 (4 jours de pluies sur 19). Sur le dessin de la machine entière,on remarque un frein sur poulie-jante à la roue avant , mais pas la moindre commande. Cet artifice était destiné à respecter les oukazes de la F.I.M. qui exigeait cet "accessoire", mais sans préciser s'il devait être opérationnel ou pas. Plus tard, on verra ainsi des freins à tambour vides de leurs mâchoires !

Cinq des onze pilotes, tous officiers de l'arme motorisée (entendre cavalerie : d'où les bottes ou leggings), qui menèrent ces records. De gauche à droite : lieutenant Martin, lieutenant Sery, lieutenant Naas (il en a perdu sa moustache), capitaine de Baudreuil, lieutenant Leclerc. 

(Bientôt d'autres sucreries extraites du Café Racer Festival)

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J
Heureusement que la Nougier ne ressemblait pas à l'Os à Dédé!
Les tôles devant les cylindres de la Gnome suivent la même logique que celle du pilote anglais qui avait
coulé du plomb dans son coûteux guidon en alliage léger, pour en éliminer les vibrations insupportables
pendant un Tourist Trophy: ça fonctionnait!
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J
Bonjour, J’ai quelques revues « Plein Ciel » que mon père avait avant 40 comme Agent Gnome et Rhône et de temps en temps je les relis depuis ma jeunesse, concernant : « ces protections des cylindres furent sans doute bienvenues lors des violents orages qui présidèrent aux records de 1939 » je ne suis pas certain que ce soit les orages qui en soient la cause, j’avais lu que la conso d’huile était importante ce qui faisait cogiter un ingénieur de Yacco qui, par une nuit blanche, a eu une idée et le lendemain il fait tailler des bout de tôle d’alu pour cacher le devant des cylindres supposant une ovalisation provoquant cette conso ce qui a été prouvé par le succés de l’épreuve ; sur les photos de la revue « Plein Ciel » on voit très bien « ce bricolage » ; passionné aussi d’aviation ça m’a donner l’explication des capotages des cylindres des moteurs habituels de l’aviation amateur et ce que j’ai appliqué sur le VW du BB Jodel construit avec un ami qui se comporte très bien .
Je ne sais comment communiquer une de ces photos .
Cordialement Jacky
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P
Bonjour,
Regardez bien, on ne le voit pas sur la photo, mais il y a une destruction totale de la foret au centre du circuit, plus un bitumage excécif...il n'y a plus de d'herbe
C'est la dernière fois que je viens sur le circuit, le pognon a gagné une fois de plus
Gilles 63 ans
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